12/06/2005

Les miroirs de Claude Cahun

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"Si pétrifiée je suis pétrifiée en nuage"
Claude Cahun 1894-1954

Son vrai nom était Lucy Schwob, elle était la nièce de Marcel Schwob. Elle avait passé son enfance à Nantes, étudié en Angleterre, arrive à Paris au début des années 1920. Résistante, elle est arrêtée par la gestapo en juillet 44 et emprisonnée jusqu’à la fin de la guerre. Elle finit ses jours à Jersey où elle s'était installée en 1937.
Farouche, elle a « l’horreur animale de tout contact avec mes semblables (…) aussi constante chez moi que chez un chat », mais compte parmi ses amis Henri Michaux, Man Ray, Robert Desnos et fait du théâtre avec Pierre Brasseur et Pierre Albert-Birot. Elle est proche du mouvement surréaliste, sans y adhérer. A Salvador Dali elle trouve «les charmes singuliers des sources enfantines». André Breton lui écrit : « Il est assez probable, du reste, que vous disposez d’un pouvoir magique très étendu » et l’encourage à écrire et publier : « vous êtes un des esprits les plus curieux de ce temps (des 4 ou 5) mais vous vous taisez à plaisir.» En effet, indifférente à toute reconnaissance publique, elle poursuit son œuvre singulière sans chercher à la diffuser au-delà d’un cercle restreint.
Elle a écrit un pamphlet introuvable, Les paris sont ouverts (José Corti, 1934). Son livre le plus important, Aveux non avenus (1930), est un montage de fragments autobiographiques, dialogue, aphorismes, méditations philosophiques et photomontages. Car elle est avant tout photographe.
Elle excelle dans les compositions qui assemblent des objets plus ou moins symboliques, rejoignant par là une préoccupation éminemment surréaliste. Elle écrit un article remarqué : Prenez garde aux objets domestiques, aime surtout fixer le fragile, l’éphémère « depuis la mie de pain gâchée, roulée sous les doigts machinalement, l’aiguille de sucre effilée dans la bouche et mise au concours, les châteaux de sable sur la plage jusqu’aux charmants palais de saindoux des charcutiers, jusqu’aux ignoble monuments aux morts, aux révolutionnaires, aux pigeons voyageurs, jusqu’aux feux d’artifice où quand tout est perdu s’allume une dernière étoile, mais qui n’embrase rien, qui s’éteint sur place, dérisoire encore. »
Mais son sujet de prédilection c’est l’autoportrait. Il y a du narcissisme dans son autisme : « Nul n’est pris qu’à ses propres sortilèges ». Contrairement aux grands peintres autoportraitistes (Dürer, Rembrandt, Van Gogh…), il ne s’agit pas de scruter son propre visage pour en arracher quelque vérité, mais tout au contraire de se mettre en scène dans une série de rôles fantasmatiques : elle pose en homme, cheveux rasés ou décolorés, en haltérophile burlesque (avec des cœurs dessinés sur la joue et l’inscription « I am in training don’t kiss me » sur le torse) ou en grande prêtresse, en ingénue de mélodrame, en princesse hindoue. Elle manie la dérision sans jamais perdre son insolente élégance. Androgyne, sorte de croisement esthétique entre Harry Langdon et David Bowie, elle aime se déguiser, se dédoubler, joue avec les ombres et les reflets, intègre de nombreux effets (distorsion, symétrie, superposition) dans un jeu de miroirs vertigineux qui sont autant de masques : omniprésente et se dérobant toujours.
A peine révèle-t-elle, dans Aveux non avenus, ce qu’elle doit à Suzanne Malherbe, sa compagne, amie depuis l’enfance dont elle ne se séparera jamais : "La minute où nos deux têtes (ah ! que nos cheveux s'emmêlent indébrouillablement) se penchèrent sur une photographie - portrait de l'un ou de l'autre, nos deux narcissismes s'y noyant, c'était l'impossible réalisé en un miroir magique. "
Une grande partie de son œuvre est aujourd’hui perdue. Le reste est une énigme. Fidèle jusqu’au bout à l’une de ses devises : « Ne jamais lâcher l’ombre pour la proie. »

Commentaires

Interessant. Je ne savais pas que c'était la nièce de Marcel Schwob

Ecrit par : Tlön | 14/06/2005

Cahun était le nom de la mère de Marcel Schwob, celui-ci dira d'ailleurs : "notre malédiction est d'être des fils de Cahun mais c'est pour ça que nous ne sommes pas des imbéciles". Il faut entendre "Caïn" bien sûr, toute une mythologie qui a dû peser sur ces deux fortes personnalités...

Ecrit par : Damien | 14/06/2005

c'est marrant ces jeux de rôles photographiques, ça me fait penser aux photographies de Cindy Sherman...(peut-être même que c'est une influence avérée pour Cinbdy Sherman d'ailleurs...)

Ecrit par : jean-sébastien | 15/06/2005

Tu as raison : la démarche de Cindy Sherman est très proche, mais je ne suis pas sûr de l' influence, Claude Cahun ayant été redécouverte tardivement (début des années 90)...

Ecrit par : Damien | 15/06/2005

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