01/07/2005
Un artiste de l'idiotie
Nous venons d’apprendre la mort récente (17 juin) d’un grand artiste de l’idiotie : Charlie Schlingo. Pas moyen de trouver en ligne une info fiable sur ce dessinateur méconnu : les notices trouvées sur la Toile rivalisent de coquilles et d’approximations. C’est que, contrairement à la bêtise qui est une fatalité débordante, l’idiotie est une vertu rare. On se fendra ici d’un simple hommage.
Schlingo avait commencé dans la BD en composant ses propres fanzines, notamment le Havane primesautier. Remarqué par le professeur Choron, il sera publié notamment dans Charlie Hebdo et Hara-Kiri, puis Métal Hurlant, Viper, Psikopat et même Coin-coin, le supplément de Picsou magazine.
Son dessin nerveux et spontané devait beaucoup aux pionniers américains comme Segar (l’auteur de Popeye) ou Herriman (Krazy Kat), mais l’esprit s’apparentait plus aux auteurs débridés des années 70 (Crumb, Shelton…). On peut même dire qu’il fut, avec Ouin, l’un des seuls maîtres en France de la BD underground.
Il savait broder sur les canevas populaires ( récit édifiant, polar, histoire de pirates… ) des intrigues parfaitement absconses, tournant et retournant les situations pour en extirper toute morale.
Par exemple dans Le retour des carottes, Désiré Gogueneau (un de ses héros, le lapin à gauche de l'image), condamné à vingt ans de travaux forcés parce qu’il a oublié ses papiers (c'est lui qui a insisté pour se faire contrôler) se retrouve PDG du camp de travail, car c’est la seule place qui restait à pourvoir : il est tout à fait heureux et boit le champagne avec une armada de secrétaires séduisantes, mais c’est lui qui est désigné par les autres prisonniers pour organiser l’évasion. Il fait tout pour la faire échouer, mais les pertes causées obligent à restreindre le budget, et toutes les secrétaires sont remplacées par une horrible stakhanov en jupons.
C’est surtout dans les dialogues qu’il excellait, imperturbable mélange de cliché et d’absurdité, avec des répliques comme :
« Tenez mon brave ! Comme vous avez l’air misérable, on vous donne nos slips, vu qu’on n’ a pas d’argent »
ou (c’est un policier qui s'adresse à des junkies) :
« Vous en faites pas, les gars ! Les agents sont des braves gens, shootez-vous tranquillement, je veille sur votre sécurité ! »
ou :
« J’ai volé les bijoux de la fille mais j’avais laissé ce mot pour elle afin de pouvoir la sauter et puis je lui aurais rendus ! D’ailleurs j’en avais marre de faire une enquête alors que j’étais le coupable. »
L'idiotie, la paresse, les aléas de la fortune, l'argent gagné sans effort, l'hypocrisie sociale étaient quelques-uns de ses thèmes de prédilection.
Charlie Schlingo peut reposer en paix, lui qui avait inventé la machine à rien foutre : « Quand vous avez envie de rien foutre, vous branchez la machine qui ne fout rien à votre place. Pendant ce temps, vous pouvez bosser tranquille. »
01:25 Publié dans Figures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




Commentaires
me souviens pas trop de lui, mais j'adorais Krazy Kat beaucoup plus que Segar. Le personnage de Popeye ne m'a jamais vraiment intéressé.
Ecrit par : Tlön | 01/07/2005
De son vrai nom Jean-Charles Ninduab… C'est pas encore un antillais avec un nom à l'envers : Baudnin, d'origine russe ?
Ecrit par : sk†ns | 01/07/2005
Je ne sais pas, il n'avait pas tellement une tête d'antillais en tout cas.
Ecrit par : Damien | 01/07/2005
Mais Mandryka, lui, est toujours là : http://www.leconcombre.com/
Ecrit par : Hugues | 02/07/2005
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