12/07/2005
Un tour de Cochin






Lundi soir, sortant du boulot, je descends dans le métro, un peu pressé car je ne veux pas rater La Renarde à 20 h au Reflet Médicis (Jennifer Jones filmée par Michael Powell, rendez-vous compte !), ma rame est sur le quai, vite vite, et soudain c’est l’accident stupide, je me tords le pied dans l’escalier. Je sens comme une déchirure, mais enfin je peux encore poser le pied et monte quand même dans le wagon. La douleur m’assaille, j’ai le souffle coupé, une torpeur m’envahit, je manque tomber dans les pommes… Bon, tant pis pour la Renarde, direction l’hosto. Je sors à Châtelet, claudiquant, groggy, la foule indifférente s’en fout complètement et me bouscule, qu’est-ce que c’est que ce traînard, encore un camé sans doute, les enfants ne vous approchez pas, il peut devenir agressif…
Place du Châtelet je cherche un taxi, je tiens à peine debout, m’accroche à la borne… Enfin un taxi. Je m’installe. Mais derrière moi quelques Américains rouspètent, soi-disant qu’ils étaient là avant… Hein ? ça fait un quart d’heure que j’attends je crois, et ils sont derrière moi, mais mes notions spatio-temporelles sont un peu brouillées… J’explique au taxi : écoutez, je souffre horriblement, il faut que vous m’emmeniez à l’hôpital – Ah mais monsieur, m’explique-t-il, si ces gens étaient là avant il faut attendre votre tour, c’est la règle. Je tente de parlementer avec les yankees : - Listen, I’m wounded, quite collapsing, have to go to the hospital, can you understand ? Mais non ils ne veulent rien savoir, ce taxi leur est destiné, si je suis malade je n’ai qu’à prendre une ambulance après tout – bien sûr c’est connu il suffit de héler une ambulance dans la rue pour qu’elle s’arrête. Bref, je quitte le taxi, non sans avoir envoyé quelques «Fuckin’ bastards» et autres «go to Hell» – dans ces moments-là, tant pis pour l’Alliance Atlantique, hein... Je demande au kiosquier d’à côté s’il connaît un numéro pour appeler une ambulance, il me répond, goguenard : - Ecoutez, des emmerdeurs j’en ai eu toute la journée, démerdez-vous, il y a un café juste là… Merci, aimable parigot…
OK, puisqu’on ne peut compter sur personne je me rends en boîtant jusqu'au café. Le patron me regarde arriver d’un drôle d’œil. Mais quand même, il accepte d’appeler les pompiers et me permet de m’asseoir. Je reprends mon souffle. Les pompiers arrivent, ils regardent vite fait : ah oui c’est une belle entorse, bon on vous emmène à l’hôpital. Plutôt sympa, les gaillards. Mais quand même ils me font la leçon : Vous comprenez, monopoliser une voiture de pompiers pour ça, imaginez si un blessé grave attend… Vous auriez dû prendre un taxi, l’hôpital aurait pris en charge la course… Et ils me font de la pub pour le bal du 14 juillet… Ah c’est vrai, vous pourrez pas danser, mais vous verrez il y a une bonne ambiance… Bien sûr, bien sûr…
Enfin me voilà à Cochin aux urgences, quelques heures d’attente, le blogueur se rappelle à l’occasion sa mission de reporter du quotidien, alors je prends avec mon mobile quelques photos ( que j’oserais à peine qualifier de «à la JS») et surtout je sympathise avec une belle orientale qui saigne du nez : elle s’est pris un coup de coude dans le bus, fracture du nez, elle pissait le sang, le type ne s’est même pas excusé - Ah ben c’est comme moi, je lui raconte mon histoire et on formule quelques généralités sur l’indifférence de cette société… Comme elle a l'air d’avoir le blues, je lui dis que sa fracture ne se voit pas tellement «mais enfin je ne sais pas quelle tête vous aviez avant... – Be faites pas rire, ça be fait bal !» répond-elle le nez dans son mouchoir ensanglanté.
On voit passer des cas autrement plus graves : blessés esquintés, vieillards sombrés dans le mutisme dont l’œil semble dire : «ce monde n’est plus le mien», corps agonisant transporté comme viande dans un torchon. Et on trouve que finalement, nos petits malheurs sont bien dérisoires au regard de la misère du monde.
00:20 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note



Commentaires
T'as conclues ou pas?
Ecrit par : Tlön | 12/07/2005
Bien sûr, tu penses bien que nous fîmes l'amour sauvagement dans la salle d'attente devant tout le monde.
Ecrit par : Damien | 12/07/2005
ai vu à Avignon "Urgences", de Pépito Matéo. Je pense que ça te parlerait... En tout cas, ton histoire m'a parlé... Désolé que tu n'aies pas pris ton pied avec le nez.
Ecrit par : .Moland.Fengkov. | 12/07/2005
Sympathie... Il y a les parigots (têtes de veau) et les Vrais Parisiens (très très bien). J'espère que tu as pu repartir en bon état de l'hosto et que cette séance de cinéma n'est que partie remise.
Ecrit par : Vrai Parisien | 12/07/2005
Mo : lol, quel pied de nez... Pepito Matéo est un prodigieux conteur, ça m'intéresserait beaucoup de voir "Urgences"...
VP : merci beaucoup ! J'en profite pour conseiller à tous les parisiens, vrais ou faux, de se précipiter voir ce soir au reflet Médicis "A matter of life and death", sublime film de Powell que j'ai découvert à Cannes - mais allez doucement dans les escaliers !
Ecrit par : Damien | 12/07/2005
Tu es bien injuste avec toi-même : disons que ton malheur participe pleinement — quoique modestement, c'est vrai — à la misère du monde.
Une entorse mal soignée ne vaut-elle pas un biaffrais dénutri ? J'ai eu une entorse mal soignée, et là, t'en chies à vie.
Ecrit par : sk†ns | 12/07/2005
billet terrifiant Damien, je te trouve bien philosophe face à l'inhumanité (oui, oui) de tes concitoyens...
Ecrit par : jean-sébastien | 15/07/2005
Je travaille dans le VIème juste à côté de la rue de Médicis. On se prend un café avant que tu aille au Reflet la prochaine fois... si tu....
J'aime beaucoup cette note, même si...
Ecrit par : Tatiana | 18/07/2005
C'est bien aimable, Tatiana, mais sachez que mon coeur est déjà pris...
JS : inhumain ou trop humain, telle est la question.
Ecrit par : Damien | 19/07/2005
Qui vous dit que c'est à votre coeur qu'elle en a Tatiana? C'est peut-être au pied... ;-)
Ecrit par : Kate | 22/07/2005
elle veut prendre son pied, c'est ça ?
Ecrit par : .Moland.Fengkov. | 22/07/2005
C'est des malades... rire....
... pourquoi faut il que boire un café ou de rencontrer qq un veut forcement dire relatons, sex ou autres?
C'est vrai que ça me ferai plaisir de voir et de rencontrer les personnes dont j'aimes les blogs... curiosité ou je ne sais quoi... peut être faut il mieux attendre les grandes soires entre bloggeurs pour le faire ? Je ne sais pas, je n'ai pas de règles la dessus...
Ecrit par : Tatiana | 23/07/2005
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