27/09/2005

Maria Magdalena


J'ai toujours bien aimé Marie de Magdala. Quoi de plus sublime que cette femme qui entre en portant un vase de parfum, lave les pieds de Jésus avec ses larmes et les essuie avec ses cheveux ? Pauvre Marie-Madeleine, que n'a-t-on raconté sur elle : parfumeuse, prostituée, princesse de sang royal, châtelaine, prêtresse d’Isis, gardienne du Graal, Graal elle-même, « disciple que Jésus aimait », auteur d' évangile (apocryphe ou même de saint Jean), soeur de Lazare, épouse ou maîtresse ou belle-soeur du Christ, baby-sitter, ermite provençale, icône féministe… La tendance actuelle, si j'ai bien compris les échos d'un juteux roman de gare, retient surtout que l’Eglise nous raconte des bobards depuis des siècles. Il y a même un site marie-madeleine.com d’une rigueur proprement scientifique, qui rétablit enfin toute la vérité sur cette affaire. Il était temps.

On y apprend que Jésus avait été initié au culte de la "Grande Déesse Mère de l'humanité", et que, d'ascendance royale, il prétendait au trône de Judée. Qu'il était en même temps rabbin, qu’il a forcément été marié puisqu’il n’est pas un ascète,  peut-être même bigame, et a eu 2 enfants : Sarah qui a fini aux Saintes-Maries de la Mer, et Eléazar. Que son corps a été jeté à la fosse commune, qu’il apparaît à Marie-Madeleine parce qu’elle a été baptisée et "n'arrivait pas à faire son deuil".  Que l'histoire de Barabbas "a été écrite pour prouver que le peuple juif a fait le mauvais choix et est franchement antisémite". Quant à Marie-Madeleine, en fait elle n'a pas existé. Pourtant, c'est la conclusion, " la véritable Eglise est celle de Marie Madeleine." Comprenne qui pourra.

medium_mariamagdalena.jpg

La voici en peinture. La tableau ci-dessus, après avoir dormi 50 ans dans une collection suisse, va enfin être montré au public. Il était jusqu’ici attribué à Giampietrino, un élève de Leonardo Da Vinci (décidément fourré dans tous les coups médiatiques). Mais voilàtipas qu’un éminent historien d’art, Carlo Pedretti, propose de l’attribuer à Léonard lui-même, l’argument principal étant qu’il a été peint sur un mince panneau de peuplier, comme la Joconde. Vous y croyez, vous ? Que le tableau ait été réalisé dans l’atelier de Léonard, peut-être même d’après ses directives, pourquoi pas... Mais où est passée la grâce qui illumine les autres portraits du maître ? Léonard sans son génie, c’est comme la Magdaléenne à la sauce Internet, il lui manque l’essentiel : le sublime, soit l'alliance de vérité et de mystère.

Commentaires

Mettez les voiles !!!

Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 28/09/2005

A y regarder de près, en effet, les mains ou le visage paraissent trop sommairement dessinés pour que le tableau soit attribué au génie de la Renaissance. Mais je dirais que là n'est pas vraiment la question... Tu dis qu'il manque à cette Marie Madeleine la beauté, comme condition du mystère. Mais qu'en est-il de l'Amour ?
Je te recommande aussi de voir Mary d'Abel Ferrara, à sortir en décembre. Film dans le film et réflexion sur la figure de Marie Madeleine et le fait religieux.

Ecrit par : sandrine | 30/09/2005

Une Marie-Madeleine hermétique que celle-là; peut-être est-ce cet hermétisme, cette indicibilité similaires au sourire de Mona Lisa qui... Une ressemblance?

Ecrit par : Kate | 30/09/2005

J'ai peut-être un peu exagéré : c'est quand même un portrait de grande qualité... D'ailleurs, on ne peut pas avoir un avis sérieux sur un tableau tant qu'on ne l'a pas vu en vrai (il va être exposé à Ancône)...
Sandrine : Marie-Madeleine est peut-être amoureuse, mais c'est surtout la pécheresse sauvée, c'est-à-dire l'humanité en somme...
Kate : je ne trouve pas son expression "hermétique", plutôt stéréotypée, et c'est ce qui me gêne...

Ecrit par : Damien | 01/10/2005

n'a pas l'air très subtil pour un tableau de Leonardo...

Ecrit par : jean-sébastien | 04/10/2005

Ecrire un commentaire