01/02/2006
L'écume du christianisme
Que reste-t-il en France du christianisme ? On est tenté de répondre : pas grand-chose. Les églises ? Abandonnées par nous autres bernard-l’ermite spirituels, objets culturels visités par des touristes pour qui la croix n'est plus qu' un fossile indéchiffrable. La division du temps ? Jours fériés non identifiés. La charité ? Un programme télévisé, stars larmoyantes et anonymes exemplaires réunis sur le grand plateau du réconfort où s’allonge magiquement le chiffre de la générosité publique, tandis que le don s'effectue par carte bancaire à l'aide du paiement en ligne sécurisé. La morale ? Une bouillie de préceptes dénaturés : hais ton prochain comme toi-même, tends la joue gauche avant qu’on te jette la première pierre, pardonnez-leur car vous savez ce qu’ils font, heureux les marchands du temple car le monde terrestre est à eux, buvez-en tous car ceci n’a pas de prix.
En bande-annonce de notre monde, ce story-board inquiet pour un Walt Disney des catacombes : "Les épines croîtront dans ses palais, Les ronces et les chardons dans ses forteresses. Ce sera un repaire de chacals, et un parc pour les autruches. Les chats et chiens sauvages s'y rencontreront, et les boucs s'y appelleront les uns les autres. Là le spectre de la nuit fera sa demeure, et trouvera son lieu de repos. Là le serpent aura son nid, déposera ses oeufs, les couvera, et recueillera ses petits à son ombre; là se rassembleront tous les vautours." (Isaïe, 34)
01:15 Publié dans Politique & polémique, Sémiotique sauvage | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note




Trackbacks
Vautours
Pour répondre à ceux qui lui demandent des indications sur sa seconde venue, Jésus dit, en substance, que là où est le cadavre, là se rassembleront les vautours. Je me demande s'il ne précise pas également "comme le disent les Ecritures"...Je ne déc...
Trackback par : La Divine Miséricorde - ultime planche de salut | 07/02/2006
Commentaires
Mais, mais qu'est-ce qui s'est passé? On vous perd pendant quelques temps, vous nous revenez avec cette virulence! Cette lucidité! Les écailles tomberaient-elles de vos yeux douloureux?
Ecrit par : Kate | 01/02/2006
Pour paraphraser S : crise morale ?
Ecrit par : Tlön | 01/02/2006
Vous ne trouvez pas ça rigolo, "un repaire de chacals, et un parc pour les autruches" ? J'ai tendance à pratiquer la Bible (et d'autres livres) à la manière du Yi-King : au pifomètre. C'est plein d'inattendu !
Ecrit par : Damien | 01/02/2006
Ces autruches sont d'ailleurs assez curieuses....Va falloir vérifier ça. As tu la traduction de Chouraqui ?
Ecrit par : Tlön | 01/02/2006
la nouvelle machine dans laquelle tu as embarqué semble être lancée pour que tu prennes le temps de nous servir quelques lignes sur ce blog laissé en friche quelque temps, et pour me pousser sur d'autres blogs... ;)
Ecrit par : .Moland.Fengkov. | 01/02/2006
Quel sursaut moraliste ! Faut-il vraiment être affligés par le recul de la fréquentation des lieux de culte et de la spiritualité ? Est-ce à dire que, parce qu'elle ne s''exerce plus dans les lieux dédiés ou selon une division visible du temps, la religion périclite ? Je ne le crois pas, à en croire la montée des intégrismes.
Ne peut-on pas se dire que la spiritualité s'est simplement déplacée, se trouvant naturellement d'autres objets, d'autres formes, sans pour autant y voir le signe d'une dégénérescence (qu'Isaïe remballe ses autruches) ?
Dès l'Antiquité, les sociétés ont eu leurs faux prédicateurs (je mets là-dedans les médias pour l'époque contemporaine). Je ne pense pas qu'un retour du religieux pallierait à la profonde crise morale actuelle. Au contraire, c'est par le religieux que le chaos advient.
Echo à ton billet, le mien, intitulé : "Dieu est un service public".
Mais peut-être ne prônes-tu pas le retour du religieux ?
Ecrit par : sandrine | 01/02/2006
By the way, très beau titre que "L'Ecume du christianisme".
Ecrit par : sandrine | 01/02/2006
Donc après vérification chez Chouraqui on a :
"Et c'est l'oasis des chacals, un courtil à hiboux"
Hiboux, autruches....
Ecrit par : Tlön | 01/02/2006
Tlön : ma traduction de référence est celle de Crampon, mais je l'ai mixée avec une traduction en ligne (www.bbintl.org/bible/fr/frIsa34.html), toutes deux parlent d'autruches (Crampon en revanche dit "satyres" au lieu de "boucs").
Sandrine : mais non je ne prône rien, et ne nie pas "la montée des intégrismes" ni le "déplacement spirituel" mais constate juste le lézardement du christianisme en France. Est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Faut-il préférer aux Christ les figures christiques (guerillero grunge, otages...) ou les superstitions de substitution (le loto, par exemple) ?
Ecrit par : Damien | 01/02/2006
In Euromillions we trust : 183 M en jeu ce vendredi !
Est-ce une bonne chose l'affaissement du christiannisme en France ? Oui, si l'on reconvertit les lieux de culte désertés en lieux culturels, comme c'est déjà le cas un peu partout en Europe. Mais je suis provocatrice à dessein !
J'inverse la question : qu'apporte le christiannisme en France ? Nous sommes dans un pays laïque après tout. Doit-on attribuer la crise morale et identitaire actuelle à ce recul du religieux ? C'est quoi le christiannisme ? Une béquille, un garde-fou, la garantie de la cohésion sociale. Son manque de vitalité traduit-il la disparition de toute idée de transcendance et le délabrement moral de toute une société ?
Ecrit par : sandrine | 01/02/2006
"Nous sommes dans un pays laïque après tout." Cela ne veut strictement rien dire...l'histoire ne commence pas en 1905 !
La France - tout comme l'Europe - est le fruit de plus de 1000 ans d'histoire ayant pour soubassement la Grèce, le Judéo-christianisme et les Lumières. Vouloir nier ce fait est une absurdité.
Ecrit par : Tlön | 02/02/2006
Mais enfin, je ne nie pas ce fait ! Je sais comment s'est bâtie notre civilisation. Mais j'essaie d'analyser les raisons structurelles et conjoncturelles qui tendent à expliquer ce recul du christiannisme. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas d'un phénomène exogène. Et j'aimerais qu'on me dise en quoi ce serait une perte, relativement à la société, son organisation...
Ecrit par : sandrine | 02/02/2006
"Et j'aimerais qu'on me dise en quoi ce serait une perte, relativement à la société, son organisation...":
Si demain le musée des Offices brulait en quoi ce serait une perte, relativement à la société, son organisation ?
Pour le reste il suffit de se reporter aux ouvrages de Marcel Gauchet et plus particulièrement au "Désenchantement du monde."
Ecrit par : Tlön | 02/02/2006
"Mais on ne peut nier que la disparition d'une tradition solidement ancrée (survenue, quant à la solidité, il y a plusieurs siècles) ait mis en péril toute la dimension du passé. Nous sommes en danger d'oubli et un tel oubli - abstraction faite des richesses qu'il pourrait nous faire perdre - signifierait humainenement, que nous nous priverions d'une dimension, la dimension de la profondeur de l'existence humaine. Car la mémoire et la profondeur sont la même chose, ou plutôt la profondeur ne peut être atteinte par l'homme autrement que par le souvenir"
Hannah Arendt - La crise de la culture.
Ecrit par : Tlön | 02/02/2006
Pour apporter ma pierre à l'édifice (dessus, tu batis ce que tu veux - lol), voici peut-être une explication à cette baisse de fréquentation des églises en France aujourd'hui :
http://www.cedsib.info/index.php/2005/12/04/5-nathalie-mon-amour-des-jmj
Ecrit par : Ayatollah One (le petit frère d'Obi) | 02/02/2006
Imparable ! :-)
Ecrit par : sandrine | 03/02/2006
Trop fort ! J'ai toujours rêvé d'écrire un tube comme ça.
Ecrit par : Marylin Manson | 03/02/2006
Ce pourrait être la définition du christiannnnisme que donne Baudelaire ici :
"La vraie civilisation (...) n'est pas dans le gaz, ni dans les vapeurs, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel".
J'ai trouvé ma réponse.
Ecrit par : sandrinnne | 09/02/2006
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