15/02/2006

Caricatures

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Les Grecs ont eu la sagesse de se moquer de leurs dieux, et par là, d’eux-mêmes. Un grand bordel métamorphique, l’Olympe. Ils n’ont pas épargné non plus leurs héros : Héraklès, bâtard de Zeus, l’homme aux douze travaux finit esclave sexuel, travesti en soubrette pour Omphale. Les maîtres à penser d’Athènes, Socrate à jamais croqué dans son panier suspendu, les philosophes du XVIIIe et les gourous du XXe ont eu leur tarte à la crème - mais Vian et Jean-Sol Partre étaient amis, comme Aristophane et Socrate, si l’on en croit le Banquet.
La caricature a sa rhétorique. Ses procédés sont ceux de la mythologie, dont elle est une parodie. Par exemple, la métamorphose animale. Un graffiti vengeur sur le Palais des Césars représente le Christ cul nu avec une tête d’âne. Sur tel manuscrit médiéval, le clergé est une assemblée de singes. Mille gargouilles nous tirent la langue. Mais la caricature est surtout une arme politique, et son terrain de prédilection est la presse d'opinion. Une grosse tête sur un corps rétréci placé dans des postures triviales, obscènes ou sanguinaires. On identifie le personnage à quelques signes : profil, parapluie, couvre-chef... Il peut s’agir d’un puissant (une poire avec une merde sur la tête : Louis-Philippe par Daumier), d’une caste (les militaires de Grosz) ou de tout un peuple, comme dans ce comparatif entre la liberté française (de crever de faim) et l’esclavage anglais (de se goinfrer) établi par un anglais, Gillray. A quoi répond la vision croquée par un français (Jean Veber) de l’« impudique Albion » : le roi Edouard VII chiant sa moustache par la bouche. En général la caricature exprime le dégoût (Steadman), la pitié (Grandjouan), sinon la frayeur (Steinlen) que le bonhomme inspire. Mais l’ironie est souvent plus efficace que la hargne, et le portrait de Trotsky brossé par un Rivera en pâmoison m'amuse plus que le pathétique général de Willem accoudé sur ses béquilles SS. Les caricaturistes quelquefois deviennent sinistres (Cabu). Certains lâchent le métier, comme Gustave Jossot, l’un des traits les plus cinglants de l’Assiette au beurre, celui-là même qui s’était payé la fiole de Verlaine en une du spécial Poivrots, avait raillé les fidèles qui lèchent les pieds du Pape, etc. Jossot ensuite se retira en Tunisie, et se convertit à l’Islam sous le nom d’Abd Al-Karîm Jossot. Et c’est ainsi qu’Allah est miséricordieux.

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