25/05/2006
Π 5 : Des mains et des couleurs







Je redoublais ma troisième quand arriva sur les revers de vestes la petite main jaune de touche pas à mon pote - Signe de la paix possiblement bouddhiste ou version édulcorée de la main de Fatima - comme cette main bleue en éventail de Tozeur, d'où venait la grand-mère de mon grand-père - Au lycée le clan frontiste avait son badge aussi, une flamme tricolore - touche pas à mon peuple - Il y avait un type qui portait les deux insignes côte à côte sur son manteau –
SOS Racisme parrainait des fêtes - Au printemps 88 croyant aller à un concert je me retrouvai là dans un de ces woodstocks en solde - Merguez-frites et musique plurielle, le cul sur la pelouse – je vis se succéder plusieurs numéros de rabattage électoral – Rarement j’ai vu foule si stupidement prévisible, huant et applaudissant les noms de politiques qu’on lui jetait comme une baballe – Houuu et Ouaiiis – Sur scène c’était de plus en plus star – Après Yves Simon et d'autres ringards, Guy Bedos intervint et dit : «Je préfère la main tendue de François Mitterrand à Bernard Stasi plutôt que la croupe offerte de Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen !» - Jane Birkin, représentant sans doute l’étrangère, lança, désarmante : «Je suis venoue pasque j’ai si peur !» - Une rumeur courait dans le public : « Il paraît qu’Il va venir ! – Non ? – Si si…» - Un hélicoptère survola la fête et fit descendre sur les tréteaux ex machina le président-candidat Mitterrand en personne – Acclamation triomphale - Il prononça une phrase, peut-être deux, quelque chose comme : «Je préfère les cris de joie que j’entends ici aux cris de haine qui se profèrent ailleurs !» - et repartit aussi sec - Un autre soir, un vrai concert cette fois, je croisai dans la foule le ministre de la culture – le visage grêlé, entouré de petites frappes en blouson de cuir désabusé, le sosie raté de Keith Richards - Guignols ils l’étaient déjà, notre noblesse média – On a encore deux noblesses, disait Régis Debray, la noblesse d’état et la noblesse d’écran -
Quelques années plus tard, j’ai lu le livre de Serge Malik Histoire secrète de SOS Racisme - Malik avait assisté à la fondation de l’association anti-discriminatoire et révélait le dessous des cartes : SOS n’était rien d’autre qu’une petite machine électorale destinée à faire grimper par Julien Dray les échelons du PS - attestant sa capacité à récolter les suffrages de la jeunesse - permanences démocratiquement aux ordres– confiscation de la parole, notamment celle du mouvement beur issu de la marche pour l’égalité – articles fournis clés en main à la presse pour chaque fait divers estampillé raciste – tribune juteuse pour les grandes têtes pensantes et les grandes gueules rassurantes -
SOS Racisme parrainait des fêtes - Au printemps 88 croyant aller à un concert je me retrouvai là dans un de ces woodstocks en solde - Merguez-frites et musique plurielle, le cul sur la pelouse – je vis se succéder plusieurs numéros de rabattage électoral – Rarement j’ai vu foule si stupidement prévisible, huant et applaudissant les noms de politiques qu’on lui jetait comme une baballe – Houuu et Ouaiiis – Sur scène c’était de plus en plus star – Après Yves Simon et d'autres ringards, Guy Bedos intervint et dit : «Je préfère la main tendue de François Mitterrand à Bernard Stasi plutôt que la croupe offerte de Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen !» - Jane Birkin, représentant sans doute l’étrangère, lança, désarmante : «Je suis venoue pasque j’ai si peur !» - Une rumeur courait dans le public : « Il paraît qu’Il va venir ! – Non ? – Si si…» - Un hélicoptère survola la fête et fit descendre sur les tréteaux ex machina le président-candidat Mitterrand en personne – Acclamation triomphale - Il prononça une phrase, peut-être deux, quelque chose comme : «Je préfère les cris de joie que j’entends ici aux cris de haine qui se profèrent ailleurs !» - et repartit aussi sec - Un autre soir, un vrai concert cette fois, je croisai dans la foule le ministre de la culture – le visage grêlé, entouré de petites frappes en blouson de cuir désabusé, le sosie raté de Keith Richards - Guignols ils l’étaient déjà, notre noblesse média – On a encore deux noblesses, disait Régis Debray, la noblesse d’état et la noblesse d’écran -
Quelques années plus tard, j’ai lu le livre de Serge Malik Histoire secrète de SOS Racisme - Malik avait assisté à la fondation de l’association anti-discriminatoire et révélait le dessous des cartes : SOS n’était rien d’autre qu’une petite machine électorale destinée à faire grimper par Julien Dray les échelons du PS - attestant sa capacité à récolter les suffrages de la jeunesse - permanences démocratiquement aux ordres– confiscation de la parole, notamment celle du mouvement beur issu de la marche pour l’égalité – articles fournis clés en main à la presse pour chaque fait divers estampillé raciste – tribune juteuse pour les grandes têtes pensantes et les grandes gueules rassurantes -
Un autre point de vue sur la question se trouve dans le journal de Nabe : c’est en criant «SOS Racisme !» que Georges-Marc flanqua un coup de poing dans les lunettes de Marc-Edouard à la sortie du plateau d’Apostrophes, tandis que Bernard-Henri attendait dans la voiture – Version farce de l’histoire, souvent méconnue, d’une autre ligue de vertu –
Le 25 mai 1926, Samuel Schwartzbard tue à Paris l’Ataman Général Petlioura, co-fondateur du parti travailliste ukrainien en exil - tenu pour responsable de pogroms - Le chroniqueur Bernard Lecache suit le procès et organise une campagne d’opinion - Le 26 octobre 1927, Schwartzbard est acquitté - Lecache fonde la LICA qu’il préside jusqu’en 1968 (le R a été ajouté plus tard ) – la fameuse ligue bien-pensante a donc été fondée pour légitimer un meurtre, le meurtre d’une crapule peut-être, mais la vengeance exécutée de sang-froid sur un exilé qui n’a pas eu, lui, droit à son procès -
Les militants fonctionnent par antagonisme, au besoin ils façonnent eux-mêmes leur ennemi - En 1979 la revue écologiste Le Pont à propos d’une enquête sur le militantisme, remarquait : «Ce besoin de matérialiser l’ennemi hors de soi est très suspect – Si les intellectuels de gauche commençaient à reconnaître et à aimer le fasciste qui dort en eux, ils comprendraient un peu mieux le monde» - J'en ai croisé des militants, des petits soldats sincères et obéissants, des syndicalistes à bretelles, une frappée du parti des travailleurs qui récitait son catéchisme révolutionnaire sans écouter jamais un autre discours, plusieurs types à casquette qui aimaient bien le dimanche après-midi marcher dans la foule, leur sifflet ou leur corne de brume à la main – Certains se réclamaient d’un apprenti-dictateur raté, Trotsky – Ou évitaient de s'en réclamer et allaient chanter sous d'autres bannières, réorientaient leurs objectifs, continuaient d'appliquer les méthodes, sombres entristes - d'abord je me place, après on verra - et de porter en t-shirt l’effigie d’Ernesto Guevara – Savaient-ils que leur Che avait organisé les camps de travail forcé en Bolivie ? –
Un militant PS m’a un jour prêté une brochure argumentaire - à chacune des critiques le PS invariablement répondait en substance : «Nous n'avons pas rien fait, nous avons monté une commission qui a débloqué telle forte somme pour traiter le dossier de ce problème »-
Romain Gary signale dans La nuit sera calme que le sigle du PS - le poing serré sur une rose – suppose des épines qui s’enfoncent dans le creux de la paume – main sanglante du socialisme – opérations les mains sales – sartriens libérationnistes - main noire altermessianique – La main noire, l’un des petits noms de la mafia - Fantasme gauchiste du gang, de la lutte armée - mourir les armes à la main – Ou alors le poing serré des Panthers, de l’Anarchist Black Cross – mouvement d’abolition des prisons – arrachant un fil barbelé – pour faire évader Georges Jackson et les frères de Soledad – La paix vient après la victoire, que tripotent les doigts des deux Amériques -
Dix ans après 68, une brochure de la Fraction Armée Rouge constatait - «Nous avons sous-estimé la fallacieuse fascination qu’exerce l’illégalité - Nous avons surestimé le sérieux et le fair-play avec lesquels travaillent certaines organisations - Cela signifie que nous n’avons pas considéré toutes les implications du mouvement étudiant comme relevant d’un mouvement de gens relativement privilégiés - nous n’avons pas suffisamment pris garde au fait que, pour un grand nombre, il n’est resté de la politisation des années 67/68 qu’une nouvelle possibilité de se placer parmi les privilégiés».
Le 25 mai 1926, Samuel Schwartzbard tue à Paris l’Ataman Général Petlioura, co-fondateur du parti travailliste ukrainien en exil - tenu pour responsable de pogroms - Le chroniqueur Bernard Lecache suit le procès et organise une campagne d’opinion - Le 26 octobre 1927, Schwartzbard est acquitté - Lecache fonde la LICA qu’il préside jusqu’en 1968 (le R a été ajouté plus tard ) – la fameuse ligue bien-pensante a donc été fondée pour légitimer un meurtre, le meurtre d’une crapule peut-être, mais la vengeance exécutée de sang-froid sur un exilé qui n’a pas eu, lui, droit à son procès -
Les militants fonctionnent par antagonisme, au besoin ils façonnent eux-mêmes leur ennemi - En 1979 la revue écologiste Le Pont à propos d’une enquête sur le militantisme, remarquait : «Ce besoin de matérialiser l’ennemi hors de soi est très suspect – Si les intellectuels de gauche commençaient à reconnaître et à aimer le fasciste qui dort en eux, ils comprendraient un peu mieux le monde» - J'en ai croisé des militants, des petits soldats sincères et obéissants, des syndicalistes à bretelles, une frappée du parti des travailleurs qui récitait son catéchisme révolutionnaire sans écouter jamais un autre discours, plusieurs types à casquette qui aimaient bien le dimanche après-midi marcher dans la foule, leur sifflet ou leur corne de brume à la main – Certains se réclamaient d’un apprenti-dictateur raté, Trotsky – Ou évitaient de s'en réclamer et allaient chanter sous d'autres bannières, réorientaient leurs objectifs, continuaient d'appliquer les méthodes, sombres entristes - d'abord je me place, après on verra - et de porter en t-shirt l’effigie d’Ernesto Guevara – Savaient-ils que leur Che avait organisé les camps de travail forcé en Bolivie ? –
Un militant PS m’a un jour prêté une brochure argumentaire - à chacune des critiques le PS invariablement répondait en substance : «Nous n'avons pas rien fait, nous avons monté une commission qui a débloqué telle forte somme pour traiter le dossier de ce problème »-
Romain Gary signale dans La nuit sera calme que le sigle du PS - le poing serré sur une rose – suppose des épines qui s’enfoncent dans le creux de la paume – main sanglante du socialisme – opérations les mains sales – sartriens libérationnistes - main noire altermessianique – La main noire, l’un des petits noms de la mafia - Fantasme gauchiste du gang, de la lutte armée - mourir les armes à la main – Ou alors le poing serré des Panthers, de l’Anarchist Black Cross – mouvement d’abolition des prisons – arrachant un fil barbelé – pour faire évader Georges Jackson et les frères de Soledad – La paix vient après la victoire, que tripotent les doigts des deux Amériques -
Dix ans après 68, une brochure de la Fraction Armée Rouge constatait - «Nous avons sous-estimé la fallacieuse fascination qu’exerce l’illégalité - Nous avons surestimé le sérieux et le fair-play avec lesquels travaillent certaines organisations - Cela signifie que nous n’avons pas considéré toutes les implications du mouvement étudiant comme relevant d’un mouvement de gens relativement privilégiés - nous n’avons pas suffisamment pris garde au fait que, pour un grand nombre, il n’est resté de la politisation des années 67/68 qu’une nouvelle possibilité de se placer parmi les privilégiés».
22:30 Publié dans Montages, Politique & polémique, Sémiotique sauvage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
une des mains est un doublon...
Ecrit par : z | 26/05/2006
Vous méritez ici une chaleureuse poignée de mains.
Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 01/06/2006
Merci Lambert, pour vos toujours aimables commentaires.
Ecrit par : Damien | 02/06/2006
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