27/05/2006
Cannes flash-back



Violence du pouvoir, violence du désir, violence de l'art.
Du pouvoir, comme de la gloire peut-être : son scintillement attire, on s’en approche et c’est sa brutalité qui éblouit.
Hiérarchisation extrême des festivaliers. Muni de votre badge qui se porte en sautoir comme une médaille, vous ne faites déjà plus partie du public ; vous avez fendu la foule des badauds, des midinettes de tous âges et des chasseurs d’autographes.
Pour les films de la compétition officielle, il y a six files d’attente différentes :
1) Groupes pédagogiques invitations individuelles sauf lettre Q
2) Badges Cannes cinéphiles individuels.
3) Presse pastille blanche/rose jury VIP marché (illisible) mauve
4) Conseil d’administration protocole pastille bleue production
5) Presse non-prioritaire bleue-jaune TV photo
6) Accréditations festival & marché.
- Au festival de Cannes, me dit Lionel, il y a 50% de professionnels du film (surtout réalisation et production), 20% d’exploitants et 30% de parasites.
Pour entrer dans les fêtes le jeu consiste à récupérer un carton d’invitation. Même le fantôme de Kurt Cobain, héros du film de Gus Van Sant, s’est vu refuser l’entrée par les vigiles : Michael Pitt connais pas. Héros du jour, loser du soir parfois. Saveur des applaudissements, avant/après la projection : le cinéaste repart auréolé grand monsieur ou sur la pointe des pieds, déçu par la mollesse des clap-clap-clap.
Il flotte à Cannes un enthousiasme enfantin, un précipité d’émotions, un spectaculaire peignage des egos. Erreur de ne voir dans les mondanités qu’un jeu superficiel : il se cherche et se trouve là des rencontres cruciales, se tisse une tapisserie de contacts professionnels, à la jonction des cercles relationnels…
Mais aussi, nombreux sont venus avec leurs rêves, quittant le temps d’un festival la morne vie intermittente de l’autre côté, alors qu’ici resplendissent luxe et luxure, sexe et succès, et leurs contraires : valse de l’envie. Les lunettes noires masquent du soleil et des larmes. Candidats naïfs à qui le succès pose un lapin, se gorgeant de champagne pour avaler les couleuvres, visages en mal de reconnaissance, qui diraient :
- Versez encore du sable pour me cacher tout entier et m’engloutir par-dessous la mer, oubliez jusqu’à mon nom et la moindre de mes paroles, je savais que cette lumière n’était pas pour moi, la clé de ma prison était un sourire sincère, je n’ai été filmé que par les caméras de vidéo-contrôle, jetez-moi sans même me regarder, puis coulez l’ensemble dans un grand cube de béton.
Alors, vous vous réfugiez dans une vaste salle obscure, et là, bercé par les bras consolateurs du cinéma, le film ne s’adresse qu’à vous.
(Juin 2005)
15:05 Publié dans Sable movies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Disgression du sujet principal, sorry. Je n'ai, pour ma part, pas aimé The Last days (je suis pas fan de Nirvana) mais ai apprécié Michael Pitt dans The Dreamers de Bertolucci.
Ecrit par : Kate | 29/05/2006
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