15/04/2007

Canto politico

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Le sérieux appartient aux maîtres du temps, qui ont le devoir de se présenter devant l'histoire avec un masque lourd, bien ajusté. A-t-on jamais vu un ministre avec un coquelicot à l'oreille ou une mouche sur le nez ? Mais à l'écurie, au lavoir, en cuisine, près de l'armoire à balais, on sait que la bouffonnerie mène le monde, que les maîtres en sont l'expression la plus accomplie, que les sabres, les pompes, les rubans, les discours, les bénédictions sont les ailes d'un grand moulin qui broie menu les rêves et les illusions des bons à rien -

Ce système économique, c'est celui qui oblige les enfants du Sud à fouiller les poubelles du Nord pour y trier les composants informatiques revendus quelques centimes au kilo - qui oblige des dizaines de milliers de personnes étouffées par l'amiante qui ronge leurs poumons à démontrer qu'elle ont subi un préjudice - qui force des êtres humains à trouver la mort aux frontières de l'Europe à Ceuta et Melilla -

Melilla, la ville-enclave espagnole sur le territoire marocain, est - avec sa soeur jumelle Ceuta - la seule frontière terrestre entre l'Afrique et l'Europe - Après des tentatives d'entrée massive - août-septembre 2005 - l'Espagne décide de renforcer ses deux "frontières barbelées" - Sur les quelque dix kilomètres de la frontière qui entoure Melilla, le grillage existant de trois mètres est doublé d'un autre - côté extérieur - de six mètres de haut - Entre les deux grilles : une piste où patrouillent les tous-terrains de la garde civile, laquelle est avertie d'une éventuelle tentative de passage par des radars qui détectent tout mouvement jusqu'à deux kilomètres de distance -

Tentatives d'escalade bien moins nombreuses depuis - Simple déplacement du problème - Les routes de l'immigration ont changé - Les Africains partent désormais des côtes atlantiques du Sénégal et de Mauritanie pour tenter en barques de pêcheurs de rejoindre les îles espagnoles des Canaries - Et les vagues de l'océan font beaucoup plus de morts que les grilles de Ceuta et Melilla - Tant qu'il y aura ce déséquilibre les murs échoueront, les chiens policiers échoueront, les charters échoueront -

Canal Saint-Martin, les tentes s'ajoutent aux tentes - Rafael Sanchez Ferlosio a relu Don Quichotte, ce livre "épouvantablement répétitif" - et songé aux tableaux des bouffons de Vélasquez au Prado, individus sans passé, sans avenir, sans histoire - qui vivent "une expérience qui revient toujours. Leur service auprès du roi mélancolique consiste à adoucir, égayer, chasser, exorciser l'abominable galerne du destin qui menace au-delà du Guadarrama" - morale castillane d'une "répudiation à la fois muette et bruyante du destin".

(Image : Paris Hilton vue par Banksy)

Commentaires

Votre propos est obscur. Que cherchez-vous à démontrer ? Qu'il faut ouvrir les frontières ? Que les enfants de Don Quichotte sont des bouffons ? Quelle réponse politique attendez-vous aux problèmes que vous soulevez ?

Ecrit par : Roberto | 15/04/2007

Merci de votre intérêt Roberto, mais point de démonstration dans ce billet : c'est juste un cut-up, autrement dit un montage de plusieurs discours, notamment politiques (parmi lesquels deux candidats du moment - je vous laisse deviner quels passages et quels candidats), une tranche découpée dans le vif des sujets - mais je n'attends d'aucun des prétendants à la présidence la moindre "solution". Si vous cherchez une démonstration, allez donc voir chez Mandrake...

Ecrit par : Damien | 16/04/2007

On pourrait considérer les enclaves espagnoles au Maroc comme une sorte de cut-up géographico-politique.
(d'ailleurs, à mon avis, elles devraient à l'évidence revenir sous souveraineté marocaine (mais j'ai peut-être trop écouté la Marche verte quand j'étais bedaoui))

Ecrit par : Philippe[s] | 18/04/2007

Bien vu, Philippe[s]... D'ailleurs, le monde entier n'est-il pas un immense collage ? (déchirures et coups de cutter inclus )

Ecrit par : Damien | 18/04/2007

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