09/11/2006

Rauschenberg, la danse des signes

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Robert Rauschenberg a longtemps hésité entre peinture et photographie. Mais s’il avait choisi la seconde, dira-t-il, « ç’aurait été pour photographier toute l’étendue des Etats-Unis, centimètre carré après centimètre carré ». Il opte donc apparemment pour la peinture, au début des années 1950. Il commence par où tant d’autres artistes ont terminé : le minimalisme, les White Paintings monochromes. John Cage les décrit comme des « aéroports pour les lumières, les ombres, les particules » et s’en inspirera pour 4’33’’, sa composition sans note. C’est le temps des performances audacieuses, à la limite parfois de la blague, comme Erased De Kooning Drawing (1953), où Rauschenberg efface méticuleusement un dessin original de l'un de ses maîtres en peinture.
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Mais très vite il retrouve le goût du geste pictural, dans le sillage de l’expressionnisme abstrait. «Toute incitation à peindre en vaut une autre, dira-t-il. Il n'y a pas de sujet pauvre. La peinture a toujours plus de force lorsque, au lieu d'être vue comme une composition, comme de la couleur, etc. elle est perçue comme un fait ou quelque chose d'inévitable, et non comme un souvenir ou une disposition.»

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Pensant « qu’un tableau ressemble plus au monde réel s’il est fait du monde réel », Rauschenberg se lance dès 1954 dans les Combine Paintings, assemblant les matériaux les plus divers : tissus, ventilateur, parapluie, horloge, ampoule, chaise, tôle, câble, cravate, chaussettes, miroir, gobelet, lumière électrique, et aussi beaucoup d’ailes d’oiseaux et d’animaux empaillés. Il varie aussi les supports : papier, toile, fenêtre, meubles (rarement utilisés comme ready-mades : il s'agit plutôt de récupérer des objets hors d’usage), plus tard du métal comme l’aluminium, ou des carrosseries de voiture. Il utilise des coupures de journaux comme une «troisième palette» (après la peinture et les objets),«pour créer une surface, de sorte que les tout premiers coups de pinceau sur un tableau acquièrent une position particulière sur le gris de la carte des mots ».

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Beaucoup de ses Combines sont à trois dimensions, comme le célèbre Monogram (une chèvre angora sur un tableau posé à l’horizontale). Son goût pour le collage l'amènera à ajouter le son à l’image en intégrant à un tableau des transistors en état de marche. Enfin, même des corps humains en mouvement se mêlent à son oeuvre : il s’intéresse de près à la danse, collabore plusieurs fois avec Merce Cunningham et crée même Pelican, un ballet sur patins à roulettes.
A la fin des années 1970, il quitte la scène new-yorkaise « pour ne pas marcher sur les pieds de ceux qui suivent » et s’installe en Floride. Il voyage, alors que son œuvre parcourt le monde, ce monde qu'il considère comme «une gigantesque peinture » et dont il cherche à donner l’image la plus dense, la plus vaste et la plus foisonnante.

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Avec les Silkscreens (technique de transfert d’image à l’aide d’essence sur soie, qu’il pratique à partir de 1958), Rauschenberg se plaît à mélanger différents modes de production et reproduction d’images. Tantôt collées, imprimées, démultipliées, effacées, recouvertes de peinture, les images, par un jeu subtil de renforcements et d’atténuations, de surexpositions et de surimpressions, évoluent parfois jusqu’à l'abstraction, la perte totale du référent original. Lui-même ne cherche pas un contrôle absolu sur son travail, il préfère se surprendre lui-même sans connaître à l'avance quel sera le résultat exact.
« Chaque matériau a sa propre histoire. Chacun tire son matériau de sa propre existence. Ma relation avec mes matériaux est devenue très claire : ils savent et je sais que nous cherchons ensemble… C’est toujours le matériau qui a raison : si quelque chose rate cela tient à moi, non au matériau. »

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Comme un rébus fait de hiéroglyphes modernes, le travail de Rauschenberg procède d'une vaste chorégraphie des signes : le fragment d’une page de journal, la reproduction d’un logo, le détail d’un paysage ou n’importe quel objet réel ont autant de valeur que la traînée de couleur ajoutée au pinceau. Ce qu’il aime chez Leonard de Vinci, c’est que « sa peinture étant la vie, l’arbre, le rocher, la Vierge ont tous la même importance en même temps. Il n’y a pas de hiérarchie, c’est ce qui m’intéresse. »

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On chercherait en vain dans son œuvre une révolte ou une critique sociale, c’est au contraire un art de l’acceptation et de la confiance. Artiste pop en cela, Rauschenberg témoigne d'un temps où l’angoisse est révolue ; l’angoisse, c’est-à-dire l’ego. Refusant que sa personnalité ne soit trop «lisible » quand il peint, il avoue laisser « toujours la télé allumée et les fenêtres ouvertes » car le monde extérieur est bienvenu. Lui-même se considère modestement comme « du papier photosensible qui est seulement éclairé ». Peu importe qui réalise les tableaux : «Aujourd’hui est leur créateur».

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Commentaires

Merci pour cet article particulièrement intéressant sur ce peintre que je ne connaissais pas.
L'idée du tableau qui se poursuit sur la chaise est intéressante, on pense tout d'abord à une chaise du musée puis on s'aperçoit de la couleur qui s'y "reflète".
J'aime beaucoup aussi son travail avec Merce Cunnigham, la première photo donne l'impression au départ d'être un tableau puis le réalisme des danseur nous fait prendre conscience du décor. De nouveau comme un tableau qui se retrouve intimement mêlé au réel : il se prolonge mais plonge aussi l'homme, le réel dans le cadre.
Ce qui rejoint la citation du chorégraphe :
« Le monde est autour de nous, pas seulement devant. Chaque personne est un centre, cela crée une situation libre où tout change perpétuellement. »
En cherchant sur google j'ai vu un blogger parlant de sa visite de l'expo au Centre Pompidou déplorant l'absence d'explication pour entrer dans l'oeuvre de ce peintre, voilà chose faite ici ! : ) Finalement comme la danse de Merce est une danse de l'intellect plus que de l'émotion peut-on également qualifier ainsi la peinture de cet artiste ?

Ecrit par : Dom | 11/11/2006

Dom, merci beaucoup.
La première image que j'ai mise montre des danseuses devant un combine intitulé "Minutiae" (http://www.thecityreview.com/s03scon2.jpg) , qui est actuellement exposé à Beaubourg.
Je connais très mal Cunningham, mais cette citation correspond en effet bien à l'oeuvre de Rauschenberg.
Je ne sais pas trop que répondre à ta dernière question : Rauschenberg a parfois une démarche "intellectuelle" ou conceptuelle, mais souvent ludique en même temps (comme chez Warhol par exemple) et ses oeuvres dégagent aussi une énergie assez stupéfiante...

Ecrit par : Damien | 12/11/2006

http://surlepontdesarts.blogspot.com/
je vous ai mis dans mes liens

Ecrit par : pont des arts | 12/11/2006

Très volontiers, siparhasard

Ecrit par : Damien | 12/11/2006

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