16/11/2006
Monochromes, 2 : Malevitch noir
Petrograd, 1915. La première exposition suprématiste : 0,10. Entre deux murs, surplombant les autres tableaux, à la place traditionnellement dévolue à l'icône : le Carré noir de Malevitch.
"Malevitch, en voulant clore une bonne fois pour toutes le passé figuratif de la peinture, avait insufflé à ce faire-part quelque peu brutal une flamme de joie, un sentiment héroïque de puissance cosmique que seules les mises au monde dans la douleur peuvent éprouver. Accouchement sans couleur ! (...) Le Carré Noir est la seule oeuvre qui représente la mort. D'un bout à l'autre de la palette, noir et blanc comme la mort, et muet comme elle. Faire disparaître l'objet dans la nuit noire d'un carré noir, n'est-ce pas effacer le corps pour ne garder que l'âme ? L'obscur désir sans objet. Voilà. Carré mort où tout s'engouffre, toute la vie, toutes les couleurs, le bruit. Le Carré Noir est la trappe que Malevitch vient d'ouvrir et dans laquelle s'abîmera la future peinture. Un sas ! Le soupirail d'un paradis sans fin. (...) Depuis le carré de saint Kasimir nous sommes dans une période picturale de l'Au-delà. Malevitch c'est la mort peinte. Duchamp est déjà au-delà puisqu'il a renoncé à peindre. Le Carré c'est encore le dernier tableau. Le dernier carré."
(Marc-Edouard Nabe, le Bonheur)
(Carré noir aussi sur mon écran : l'ordinateur ne démarre plus... Merci à T. pour son accueil. Je reviens sur Malevitch et les monochromes dès que possible...)
10:45 Publié dans Vu en peinture | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note






Commentaires
Malevitch, c'est aussi la mort de sa réflexion sous le totalitarisme russe. Il devait en fin de vie revenir à des oeuvres plus figuratives ou disparaître. Mais dans ses arrières plans il a tenu à conserver une partie de son indentité artistique comme dans l'homme qui court :
http://lnwolffeugene.blogspirit.com/images/medium_Kasimir_Malevitch_l_homme_qui_court.jpg
Un bel exemple de résistance.
Ecrit par : Dom | 16/11/2006
C'est plus compliqué que ça, je crois : Malevitch ne pouvait pas faire autrement que revenir en arrière de toute façon, puisqu'il avait atteint un point ultime (ou alors, cesser de peindre). D'ailleurs il y a dans son retour à la figuration des oeuvres magnifiques, très loin du "réalisme socialiste."
Ecrit par : Damien | 17/11/2006
Il y a un truc très rigolo de Morellet, qui s'appelle « Le naufrage de Malévitch » :
http://www.art-kerguehennec.com/parc/morrel.html
Car Morellet, que j'avais vu au Plateau, disait qu'il abhorrait Malévitch, ce que je trouvais injuste (faut dire que je n'en saisissai pas bien les raisons), d'autant plus que je vénère Malévitch et que j'aime bien Morellet.
Mais l'œuvre en question est amusante, avec les seuls quatre coins qui émergent sur les bords du lac.
Ecrit par : sk†ns | 20/11/2006
Oui, Morellet (qu'il aime ou non Malevitch n'a aucune espèce d'importance), c'est finalement un retour à l'esprit d'Alphonse Allais et des Incohérents : le monochrome en tant que gag conceptuel...
Ecrit par : Damien | 21/11/2006
J’aime bien ce qu’écrit Nabe, petit peintre chemiakinien à ses heures (je me comprends), sur la peinture de Malevitch et cette idée de passage dans le "Carré noir" vers un au-delà qu’on imagine être le "Carré blanc". D’ailleurs, ce qui est amusant avec l’art abstrait c’est que ses trois fondateurs – Kandinsky, Mondrian et Malevitch – n’ont jamais pu vraiment l’expliquer autrement que par un discours totalement ésotérique (spiritualisme chez Kandinsky, théosophie chez Mondrian, nihilisme mystique chez Malevitch), de sorte que l’abstraction serait moins un monde sans objet, dans son rapport entre forme et contenu, que l’entrée dans un monde nouveau, accord de formes colorées (Kandinsky), sans l’exécrable vert de la nature (Mondrian), ou encore baignant dans le blanc cosmique du "nihil" (Malevitch).
Sinon le prochain Monochrome, c'est sur Yves Klein?
Ecrit par : Orphée | 24/11/2006
Nihiliste, Malevitch ? Pas si sûr. A part ça je suis absolument d'accord avec toi, Orphée, mais attends... Et Klein, bien sûr, je vais y venir.
Ecrit par : Damien | 24/11/2006
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