19/06/2007
Best regards from la Croisette (IC5)
- Oh mais que tu es belle : je ne t'avais pas reconnue !
- On était à la fête Wild Crunch, c'était total délire, il y avait des filles dans la piscine qu'on pouvait attraper avec des cannes à pêche ! Des gogo-dancers à poil ! Et la musique était géniale.
- On est rentrés à 7 heures du mat', le temps de me doucher et de prendre un café je suis allée voir le Sokourov à la séance de 8h30, et là évidemment je me suis endormie tout de suite... A un moment mon portable a sonné - j'avais mis le réveil à 9h pour la séance de 11h - le temps que je réalise ce qui se passe et que je réagisse, il a bien eu le temps de sonner 3 fois, putain la honte ! Après j'ai enchaîné sur le Soderbergh, pareil j'ai dormi tout du long.
- C'est décidé, ce soir je roule une pelle au premier venu.
- Mais nan je veux pas qu'on ne me traite de «poof-in-the-ass », je suis pas une poof-in-the-ass !!!
Tout à coup d'un balcon en haut du Hilton une sorte de playmate au rire suraigu lance des plumes à pleines brassées.
Businessmen bedonnants qui fument le cigare (oui, ça existe encore).
- Oh tu parles, y avait Lelouch, Bernard Menez, des types du conseil général, de la télé...
Un cinéphile suisse
- Vous autres Français, vous êtes en compétition permanente, surtout dans la conversation.
Un producteur déprimé
- En fait je déteste Cannes... Ici vraiment, tu comprends pourquoi on dit : « faire son cinéma », « arrête ton cinéma »... Sont tous comme des gosses capricieux... « J'ai fait ci, j'ai fait ça... Gnagnagna, mon film, mon rôle...» J'ai envie de rentrer, tout boucler et me tirer... N'importe où, en Chine... J'ai fait ça une fois, je suis parti à San Francisco, je pensais y passer 3 mois, je suis resté 2 ans...
Une repéreuse (=chargée des repérages)
- Lui ? C'est un caractériel, sur les tournages il est tout simplement odieux. Mais le pire que j'ai vu c'est Breillat : elle est carrément sadique, elle engueule un troisième assistant à dix mètres, que toute l'équipe en profite. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle déteste les femmes, toutes des rivales ou je sais pas... Sinon j'ai aussi vu la Bruni-Tedeschi cracher à la figure d'un assistant...
- Il paraît qu'Amalric a honte du film.
Caméramen trimballant leur matos.
Groupe d'asiatiques en costard.
Les femmes-panthères. Toujours là. Mère et fille à l'affût de toutes les invitations.
Jeunes couples sexy. Vieux couples chic. Existent aussi en version mixte : vieux chic + jeune sexy
Un gamin énorme, affreux, modèle 12 ans mais format XXL : Michael Moore, suivi de deux gardes du corps.
Une dame toute desséchée, blonde, les yeux bleus sur sa peau cuivrée, dans une robe bleu pâle ultramoulante, le fantôme du sex-appeal.
Trois cannoises overmaquillées
- C'est comme ce jeune type avec son badge, il était là : - Mais qu'est-ce qu'ils veulent tous ces cons-là ? - Je lui ai dit : Monsieur c'est le public, et c'est grâce à lui que le cinéma est possible, c'est lui qui vous nourrit monsieur - Enfin, ça et les impôts ! - Mais les impôts c'est nous ! - Je regrette un peu le temps où c'était pas la cohue comme maintenant - Ah oui, les années Grace Kelly, c'était tellement plus... - Moi j'ai été prise en photo à côté de Sofia Loren... ( et disant cela, elle se caresse coquettement les cheveux)
Sophie Marceau, à propos des deux finalistes de la présidentielle
- J'aimerais bien qu'ils se marient et fassent un enfant ensemble, ils représentent bien la France, je trouve.
Un critique exceptionnellement acteur
- Ce que je pense du film ? Eh bien c'est justement le seul film sur lequel je peux me permettre de n'avoir aucun avis, de ne rien en penser.
Un comédien plein d'avenir
- Je suis la preuve vivante qu'il faut coucher pour réussir.
- Oui mais ça encore c'est pas grave, ce qui est chiant maintenant c'est qu'il faut réussir pour coucher.
Hanna Schygulla
- Nous étions encore post-brechtiens, on voulait rendre la réalité légèrement étrange, empêcher l'identification totale. Maintenant, pour les jeunes, la question est de trouver sa place.
Un vigile à Wong Kar Waï
- Eh toi là, tu vas où ? T'as ton carton d'invitation ?
Une distributrice de free hugs
- Je vous propose un câlin gratuit, vous n'allez pas refuser quand même ?
Un super-héros en costume vert-pomme et cape bleu ciel ; si on regarde ses yeux, il n'a pas l'air commode.
Une brochette de pin-up publicitaires (mais qui se les tape ?)
Photographes à la sauvette (10 € la photo)
Musiciens divers (accordéon, saxophone...)
Lycéens rigolards, lascars et cagoles
Une sorte de vahiné aux lunettes fumées distribue d'un sac en osier tenu par des bretelles de plumes (encore des plumes) des badges Touche pas à mon pote.
Un gros noir, tendant un bloc et un stylo
- Signez ici ! C'est pour empêcher l'excision des petites filles en Afrique !
Un petit train fait le tour, promenant les touristes, portant haut la réclame : N°1 de la Connaissance de Soi : Dianétique, le livre.
(Pancarte d'un dresseur d'animaux en costume Louis XV, après un avertissement comme quoi ses animaux sont bien traités)
- Je ne suis pas un vagabond ni un mendiant, mais un artiste ! Admirez, applaudissez ou passez votre chemin.
23:25 Publié dans In vivo | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note



Commentaires
Génial !
Ecrit par : VS | 20/06/2007
J'apprécie vraiment beaucoup ces "choses vues", épouvantables, tragiques, dérisoires et touchantes.
Bravo !
Ecrit par : Ludovic | 20/06/2007
Ibidem! Et j'ai bien ri! Quelles observations vous ramenez, Damien! Et dire que les journalistes et autres pros de l'industrie vivent de toute cette vacuité, qu'on lui donne de la "substance"... que c'est triste le glamour, la paillette. Ça vit de la lueur des feux de la rampe; le flash éteint que reste-t-il?
Et pour répondre à votre question chez Moland, les Circonvolutes se sont tues.
Ecrit par : Kate | 20/06/2007
Merci à tous les trois !
Kate, je ne serai pas aussi sévère que vous : aucun des spécimens épinglés ici ne me paraît méprisable. Fascinant microcosme où se côtoient parasites et bosseurs, stars et intermittents, la réussite arrogante et l'échec amer. Mais à y regarder d'un peu près, il n'y a pas tant de différence finalement...
"Le flash éteint, que reste-t-il ?" C'est là toute la beauté et tout le tragique de ce milieu du spectacle : on s'évertue à donner corps à une illusion, mais on sait bien qu'à la fin celle-ci s'évanouira. "Que c'est triste le glamour", oui, assurément ! Coco Chanel disait la même chose de la mode : que c'était "quelque chose au bord du suicide." Tout le jeu consiste à trouver quand même du plaisir et de l'amusement...
Au sujet de vos Circonvolutes, je n'insiste pas, mais laissez-moi espérer que vous y reviendrez.
Ecrit par : Damien | 20/06/2007
Vous êtes bien plus charitable que je ne le suis ... et me donnez là une belle leçon, Damien. Merci de me faire voir autrement.
Ecrit par : Kate | 20/06/2007
Texte superbe : je sens que la plus odieuse des jalousies a commencé de me dévorer de l'intérieur...
Ecrit par : Didier Goux | 22/06/2007
"Oh, mais que tu es belle : je ne t'avais pas reconnue."
Un homme me dit ça, je lui sort les couilles par le nez.
Une femme, je lui ri au nez.
Une histoire de nez, quoi !
Ecrit par : Irremplaçable Épouse | 23/06/2007
Irremplaçable : c'est une spécialité cannoise, la vacherie déguisée en compliment... Didier, vous nous en donnez ici l'exact contraire rhétorique, aussi je vous en remercie ! Mais euh, comment s'y prend-on pour "sortir les couilles par le nez" ?
Ecrit par : Damien | 24/06/2007
C'est très facile, mais c'est une image, des fois ça ne remonte pas aussi haut. J'en ai appris de belles quand je faisais du karaté.
Ecrit par : Irremplaçable Épouse | 24/06/2007
Damien, c'est tout bonnement génial. On ne prend pas assez de notes à Cannes, et j'ai reconnu pas mal de petites bribes de conversations. Souffre que je fasse de même la prochaine fois que je vais à Cannes, on pourra recouper et confronter nos notes, peut-être...
Ecrit par : .Moland.Fengkov. | 25/06/2007
A force de faire tellement d'efforts pour garder les yeux ouverts en projection et ne pas vouloir rater une miette des films, aurais-je eu les oreilles bouchées une fois à l'extérieur des salles obscures ? Car en lisant cette chronique, je me suis aperçu que les meilleurs dialogues du festival étaient dans la rue et que j'y avais été complètement insensible.
Ecrit par : Joachim | 26/06/2007
Quel art consommé du collage, décidément. Mais je crois me reconnaître une des citations ! Ce n'est pas très gentil...
Ecrit par : sandrine | 27/06/2007
Merci à tous... Eh oui, ce sont des paroles volées, toutes m'ont intéressé, ému, amusé - sans aucune malveillance (ainsi sur Breillat, si on ne cite pas le nom on perd la violence du ragot, n'empêche que son film est superbe)
Ecrit par : Damien | 27/06/2007
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