21/07/2007
Les bas-fonds
Le patron, à l'heure de la fermeture
- On fait un métier dégueulasse, un métier d'esclave... 10-12 heures par jour, certains jours bénéf, certains jours déficit, tu sais jamais à l'avance... Les gens s'en foutent, si je fermais ils iraient ailleurs... Toute façon ils payent, alors ils ont le droit d'être désagréables, de venir me raconter leurs salades... Soi-disant se changer les idées mais tu parles... Les bastons certains jours... J'ai encore des bleus sur les bras, regarde. Le mec dès qu'il rentre, tu sais déjà que c'est un connard, qu'il va être agressif mais tu peux pas te permettre de le jeter comme ça : c'est un client, il amène d'autres clients... Il y a les flics aussi qui veulent savoir, qui te demandent qui fréquente le bar, les histoires de drogue... Et si tu veux rien dire ils reviennent tout le temps et t'as des emmerdes...
C. - Ouais j'ai mal au pied... C'est l'autre jour, deux mecs de dix ans plus jeunes qui ont commencé à nous chercher... Bon, ils ont fini par être virés du bar, mais du coup ils nous ont attendus sur le parking, ils ont dû attendre une heure, le temps que le bar ferme, ah faut vraiment avoir envie de se cogner ! Bon, les mecs sont repartis la gueule en sang évidemment, on était trois et c'était pas des dégourdis, et y en a un, je lui ai mis des coups de pied dans la tête, c'est pour ça que j'ai mal au pied ! (il raconte ça en rigolant)
T. - Tiens, tu vois cette meuf qui entre, Laure elle s'appelle, je lui ai roulé une pelle un soir. Elle était venue avec son mec, ils se sont installés à la table d'à côté et ils voulaient acheter du shit, alors bon comme je sais où c'est, je les emmène place de la Discorde... On arrive devant l'endroit, et le mec nous dit : «Restez là, je vais voir.» Je lui laisse 10 €, lui il avait 20, bon, il entre et on l'attend, sa meuf et moi... Et tout à coup une bande de mecs rapplique en survêt'... Elle a un peu flippé, alors elle a fait, tu sais comme dans les films d'espionnage : elle m'a embrassé pour pas que les mecs nous emmerdent ! Elle a fait ça très spontanément, en me serrant très fort, et ça a duré un bon moment, jusqu'à ce qu'ils soient partis... Et finalement son mec revient, en se tenant la tête entre les mains, l'air de celui qui a un peu dérouillé... En fait il avait eu une embrouille à l'intérieur, il s'était pris des coups mais rien de grave, il était même content, il nous dit : «Finalement j'ai quand même eu mon shit, regardez tout ce qu'ils m'ont filé pour 30 €, c'est cool, hein ?»
M.- Dans mon immeuble il y a une fille, je te promets elle est belle ! elle habite le bâtiment d'en face, je connaissais ses parents son père sa mère - enfin je connaissais, bonjour-bonsoir quoi - Un soir je rentre chez moi, elle était dans le hall en train de chialer... Bon j'étais bourré, je fais pas trop attention, je rentre chez moi quoi, et voilà qu'elle me suit jusque dans mon appart'. Alors avant d'entrer je lui dis : «Bon mais qu'est-ce que tu veux ?»
Et elle, elle me tend sa bague, une bague de sa mère superbe, qui vaut au moins 2000 € je te jure, et elle me demande 100 €, 100 € tu te rends compte, pour une bague qu'elle venait de voler à sa mère ! Sa mère voulait pas lui donner d'argent pour se payer sa came, alors voilà... J'aurais pu en profiter mais tu penses, une fille que j'ai connue grande comme ça... Alors j'ai téléphoné à sa mère, je lui explique ce qui se passe, elle me dit : «Est-ce que vous pouvez la tenir jusqu'à ce que j'arrive ?» Moi : pas de problème, je lui donne le code, elle arrive 5 minutes après, et tu sais ce qui s'est passé ? Tout simplement la fille a redonné la bague, la mère lui a filé 100 € et la fille est partie aussitôt...
15:10 Publié dans Croquis, In vivo | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note








Commentaires
Juste un mot, pour dire que les dessins me semblent - comme d'habitude - superbes, et que je lirai le texte demain. Là, je viens d'abattre 70 pages en deux jours, plus le blog, plus les chiens à nourrir, le pastis à verser, etc. Bref : suroccupé, l'écrivain en bâtiment !
À demain, que la soirée et la nuit vous soient douces...
Didier
Ecrit par : Didier Goux | 22/07/2007
Où va le monde ...
Ecrit par : Kate | 23/07/2007
C'est superbe, vraiment. Certains soirs, ça m'énerve d'être dénué de talent (mais pas très longtemps, heureusement...).
(Un jour, je vous raconterai comment j'ai essayé de persuader une bande de six ou huit Hells de la Bastille qu'ils étaient de parfaits crétins...)
(En y réfléchissant, je me demande si je ne l'ai pas déjà raconté, d'ailleurs...)
Enfin, bon, tout ça a de la tenue, quoi !
Ecrit par : Didier Goux | 24/07/2007
Merci de votre fidélité (comme on dit à la télévision)...
Ecrit par : Damien | 25/07/2007
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