11/09/2007
Ciao Bizot
“Nous grandissions dans une Europe engluée dans l'hébétude post-Holocauste, secouée par la perte de ses empires coloniaux. On ne se rendait pas compte que l'Amérique nous faisait les poches ! Qu'on allait recycler le relookage américain de nos révoltes historiques et contribuer au marketing de la culture jeune."
On dira ce qu'on veut, Bizot au moins était lucide. Actuel c'était parfois mal foutu, racoleur, pas toujours très fiable - les articles "scientifiques" en particulier - n'empêche que c'est là que j'ai pour la première fois vu une image de synthèse, appris l'existence d'Internet et découvert une foultitude de gens passionnants comme Giordano Bruno, Emmett Grogan, Yma Sumac ou Philip Glass...
Insatiablement curieux, Bizot pouvait s'emballer pour le free jazz et les balbutiements de la musique électronique, le soufisme et l'héritage des sioux, les provos d'Amsterdam et les actionnistes viennois, les Kabouters et les Weathermen, les diggers et les mutoïds. Il aimait bien mélanger tout ça, opérer des raccourcis anachroniques, voir Philippe Soupault en punk et François Villon en "zazou de Saint-Germain-des-Prés". Comme s'il s'agissait finalement toujours de la même chose, un papillon qui générera peut-être un cyclone - il s'agit donc de répérer quel papillon est le mieux placé. Bizot le passeur savait faire ça, traquer les soubresauts, éclairer les souterrains veloutés de l'avant-garde.
Dans l'édito du numéro d'octobre 75 "Actuel c'est fini !", il écrit : "Un mouvement culturel doit disparaître d'usure pour retourner à l'humus et qu'autre chose pousse. (...) Nous repartirons un de ces jours bêcher le temps qui passe, repiquer les idées neuves, arroser les valeurs toutes fraîches."
Et en 2001, en préface du livre Underground l'histoire (une belle synthèse de ses archives) :
“La liberté ne demande à personne de crédit à long terme. Elle pousse et repousse dans les déchirures de la camisole. Si ça te fatigue, t'inquiète pas : les gens surprenants t'éviteront."
02:40 Publié dans Figures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
"Actuel" c'était le journal de mes baby-sitteuses et "Rock et Folk" celui de mon instite de CM2. Epoque bénie d'une enfance dans les derniers feux 70's. Par contre, jamais supporté "Nova Mag".
Ecrit par : Joachim | 12/09/2007
Vu sur Paris Première une scène extraordinaire : Bizot, une dizaine de bouquins d'histoire sur Paris, faire des recherches sur Belleville et expliquer que ce quartier est le poumon et la mémoire de Paris depuis les poètes du XIXe , Milord l'arsouille, les apaches etc...
je n'ai pas bien compris ce qu'il disait ensuite (?):
"Ils vont tout détruire. Il n'y a plus d'espoir..."
Etonnant personnage et véritable érudit!
Ecrit par : Tristan | 15/09/2007
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