16/03/2008
Balade mexicaine, 5
Terre castillane et morisque, rayée d'aztèque, le Mexique est foisonnamment baroque - ce mot portugais qui désigne une perle imparfaite.
C'est comme si les ors chrétiens des cathédrales churrigueresques avaient voulu rattraper l'énergie furieuse des volcans,
Popocatépetl la montagne qui fume,
Citlaltépletl la montagne étoile,
Iztaccihuátl la femme endormie,
Xinantécatl la sainte chauve-souris
et Paricutin, le plus jeune volcan du monde, jailli en 1943 d’un champ de maïs du Michoacan.
« Nos jambes tremblaient alors comme celles d'un homme ivre, une légère oppression s'était emparée de nous, mais elle disparut après quelques instants de repos ; nous avions la neige pour nous désaltérer, et nous en mélangeâmes dans une coupe avec une égale quantité de mezcal. Il fallut néanmoins nous asseoir, la pente était à pic et l'océanesque panorama qui se développait aux quatre points cardinaux nous avait jetés dans une terrifiante admiration. Comment oser décrire ce que j'ai vu ?
Je veux le tenter cependant, et j'en parlerai autant que l'infiniment petit peut parler des choses infinies, car n'est-ce pas l'infini que cet horizon de 80 lieues, triplant l'étendue de l'horizon marin avec la même grandeur de lignes, mais plus riche, de ses déserts, de ses champs cultivés, de ses forêts, de ses mille plans étagés, où le prisme éclatant de la lumière verse en prodigue ses plus étincelantes couleurs.
Arrivé au point culminant de la lèvre supérieure du cratère, le voyageur se trouve entre deux abîmes, et le vertige qui tout d'abord s'empare de lui semble plutôt un éblouissement des splendeurs que son regard embrasse que l'effet des gouffres béants qu'il ose braver.
Il a derrière lui le cratère immense, ses jets de vapeur sulfureux et ses grondements souterrains ; à ses pieds, un chaos de roches mutilées, scories gigantesques se soulevant de leur couche de neige et de cendre, rappellent, dans le convulsif et le tourmenté de leurs attitudes, les damnés de Dante cherchant à s'arracher de leur cercle de glace ; à droite le pic du Moine lève sa tête altière et tout au bas l'oeil se perd dans les précipices vertigineux de la barranca de Mispayantla... »
(Désiré Charnay : Voyage au Mexique,1858-1861)
15:47 Publié dans Croquis | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


















Commentaires
Ah, le Mexique... La ville d'Oaxaca est particulièrement culturelle. Un super souvenir.
Ecrit par : LO | 19/03/2008
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