09/04/2008

Où va la critique de cinéma ?

La scène se passe à la Femis, salle Jacques Demy, lundi 7 avril entre 20 et 22 heures. Une table ronde a été organisée par trois étudiants.
Thème du débat : où va la critique de cinéma ?

Cyril Neyrat n'est pas venu pour cause d'assemblée générale : on apprend en effet que le Monde vient de décider de revendre les Cahiers du cinéma. On est donc en pleine actualité.

Les intervenants présents sont :

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Antoine De Baecque, critique et historien du cinéma ;
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Nicolas Klotz, réalisateur ;
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Hervé Joubert-Laurencin, universitaire ;
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et Sandrine Marques, blogueuse. Contrechamp, c'est elle.

Voici donc un petit digest subjectif de cette soirée, d'après les notes éparses que j'ai prises entre deux croquis, à moins que ce ne soit l'inverse...

De Baecque :
- On peut vraiment parler d'un état critique, c'est-à-dire d'un état de crise...

Marques :
- Moi je me définis avant tout comme cinéphile. Je ne suis pas venue ce soir pour dire que les blogs sont un nouvel espace d'expression critique. Je travaille aussi pour le magazine de MK2, et je suis très contente de cette schizophrénie !

Klotz :
- C'est aussi difficile de faire un film qu'une critique de film. Il faut prendre des risques, lutter contre le formatage. Nous, qui faisons des films d'auteur, on travaille avec la critique...

De Baecque :
- Lorsque en 1954 François Truffaut et Jacques Rivette vont voir Jacques Becker munis d'un magnétophone, ils inventent l'entretien avec un cinéaste...
Aujourd'hui, le temps de la critique est de plus en plus resserré : il commence le mercredi et s'arrête le samedi soir. C'est un temps presque aussi bref que la durée d'exploitation d'un film en salles. La crise est surtout une crise de surproduction. Le problème, c'est que c'est la même chose qui s'écrit partout.

Joubert-Laurencin :
- Moi je trouve que plus il y en a, mieux c'est. Mais il faut définir ce qu'est la critique. La critique au fond ressemble au cinéma. D'après le grand historien de l'art Adolfo Venturi, la critique doit définir un objet.
Je vais dire un mot obscène : c'est le mot universitaire. Moi je suis un universitaire et je l'assume très bien...

Marques :
- Les Cahiers sont toujours à la recherche du concept, mais ils ne sont pas à jour, ils confondent la DV et la HD...

Klotz :
- Les films du milieu, moi ça me fait penser à François Bayrou.

Joubert-Laurencin :
- Ce que le milieu rate, ce sont les extrêmes...

Marques :
- Je pense à Baudelaire, dans sa critique de Wagner, parlant du transitoire et du fugitif. Voilà, je crois que c'est ça qu'il faut chercher : le transitoire et le fugitif.

De Baecque :
- La beauté, un beau film, on voit ça écrit partout. La beauté a été récupérée par la réclame. Un critique dit : c'est un beau film, et après on retrouve la citation sur l'affiche. C'était devenu un jeu entre nous, ne jamais employer ces mots-là pour éviter la récup'. Sinon après, vos collègues se moquent de vous, vous êtes considéré comme un vendu.

Joubert-Laurencin :
- Nous ne sommes plus platoniciens. Le beau, le vrai, tout ça c'est fini. Mais il y a encore une violence rhétorique, qui consiste à dire c'est du cinéma ou ce n'est pas du cinéma... Il faut aussi noter l'importance nouvelle du documentaire. Bien sûr, on retrouve le fond bazinien, la question de l'enregistrement du réel.

Klotz :
- La fiction, c'est aussi du documentaire...

Marques :
- Il faut noter un événement capital : c'est la disparition physique du corps des acteurs.

De Baecque :
- Oui, la disparition des corps dans le numérique. Comme disait Daney, c'est le dessin qui a gagné, la distinction entre cinéma filmé et dessin animé est devenue floue.

Klotz :
- Daney pensait qu'à partir des années 50, le cinéma décroît, il entre dans son ère crépusculaire. Le cinéma est-il sorti de l'Histoire ?

Joubert-Laurencin :
- Daney écrivait mal, d'un point de vue stylistique. Une idée par ligne, c'est beaucoup trop. Après, on peut trouver ça beau...

De Baecque :
- Daney, il bégaie.

Marques :
- Pour Daney, il y avait trois choses importantes : regarder, écrire, et aussi parler. Il y a de l'oralité dans son style.

Joubert-Laurencin :
- Daney doit beaucoup à Barthes... Il faut rappeler que pour lui, la critique était là pour prolonger l'émotion du spectateur et faire entrer la cinéphilie dans l'écriture - la cinéphilie, c'est-à-dire le fait de discuter du film en sortant de la salle.

Une jeune fille du public :
- Moi quand j'entends ça, j'ai envie de dire : Vous reprendrez bien une tranche de vie ?

Klotz :
- Il y a aussi la question des archives, le cinéma c'est aussi ça. Moi je pense à Deleuze, son intervention ici même, sur le rapport entre oeuvre d'art et résistance. A quoi ça sert le cinéma, si c'est une bulle autiste ? Pendant longtemps le cinéma était cette fenêtre ouverte sur le monde, c'est fini tout ça, les bulldozers sont passés, les fenêtres sont cassées... Moi je crois que la salle est un outil, comme la caméra. Pour moi, le film doit faire intrusion, effraction.


Le débat s'achève de façon un peu confuse avec l'intervention de Maria Koleva, réalisatrice bulgare assise au premier rang, qui a tout filmé avec une mini-caméra. Elle parle de Bienvenue chez les Ch'tis :
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- C'est une vieille tladitioun de mountler les pôvles au cinéma. Je l'ai dit il y a tllès lungtemps déjà qu'il fallait filmer ces melveilleux gens du Nolld ! Et donc Claude Belli, il me doit encole dix milliouns d'eulos !
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Quant à moi j'ai une pensée pour ce spectateur resté debout tout le temps. Je l'ai déjà croisé plus d'une fois à la Cinémathèque. Qu'est-ce que c'est que cette espèce de vieux loup de mer qui ressemble un peu au Popa de Popeye, invariablement seul et silencieux ? Quelle âme se cache sous ce béret, derrière ces yeux vitreux ? Comment vit-il ? Et lui, où va-t-il ?

Commentaires

Merci de ce compte-rendu pour les absents (ou ceux qui ont été dissuadés de venir par une certaine participante). Discussion qui a l'air assez fragmentée mais pas inintéressante. Et sinon, le cocktail ?

Ecrit par : Joachim | 09/04/2008

C'est mon compte-rendu qui est fragmenté, plus que la discussion elle-même. Pour ce qui est du cocktail, je ne me suis pas éternisé...

Ecrit par : Damien | 09/04/2008

Sinon, il n'y a pas de pauvres dans "Bienvenue chez les chtis" mais uniquement des employés de la fonction publique, ce qui pourrait laisser penser que la France est une démocratie populaire puisque tout le monde travaille pour l'Etat et que personne ne sort des frontières (le Pas de Calais, limite de la limite de la limite de l'extrême... allez ne serait-ce qu'en Belgique, terrra incognita, n'y pensez même pas...).
Sinon, 2, rien à voir, mais de la pub pour un ami qui se lance aussi dans le blog. J'ai trouvé certaines affinités entre ses dessins et les tiens. C'est là:
http://martin-dessin.blogspot.com/

Ecrit par : Joachim | 09/04/2008

Bah, cette Maria Koleva est une excentrique, d'ailleurs a-t-elle vraiment vu le film sur les ch'tis ? Pas sûr...

Merci pour le lien, je trouve flatteur que tu y voies des affinités avec mes croquis : ce Martin est un pro, il a en particulier un bien meilleur sens des volumes et de l'espace...

Ecrit par : Damien | 09/04/2008

Dans le genre"Dictionnaire de la bêtise" illustré c'est assez réussi...Avec une mention spéciale à Klotz...

Ecrit par : P/Z | 09/04/2008

C'est un point de vue, P/Z... Il y a bien quelques sottises en effet (moi, c'est Joubert-Laurencin qui me paraît le pire, parce qu'il est d'une prétention abominable), mais aussi des pistes de réflexion intéressantes, et puis des choses distrayantes :
"Vous reprendrez bien une tranche de vie", il fallait le trouver, non ?

Ecrit par : Damien | 09/04/2008

quand j'entends "prendre des risques", "résistance"... je sors mon Skoteinos !

Ecrit par : P/Z | 09/04/2008

merci beaucoup pour cet amusant et illustré compte-rendu.

L'avantage de la critique sur Internet est de pouvoir revenir sur un film après le samedi du mercredi qui suit la sortie. Un luxe, c'est vrai. Allez, je retourne au Doillon, revu hier soir.

Ecrit par : jll | 09/04/2008

Le cocktail ? Damien ne précise pas qu'il avait sifflé toutes les bouteilles avant d'entrer dans l'arène, stylo en mains. Les croquis donnent un indice sur son degré d'alcoolémie (ah oui, j'ai le pif si tombant en plus d'être long ?). Sérieusement, j'hésite à livrer mon propre commentaire sur la soirée, parce que je m'y suis ennuyée. Un précipité de bêtise ? Sans doute, P/Z. Mais il y a deux catégories d'individus : ceux qui ricanent et ceux qui passent à l'action, au risque du ridicule. Je préfère l'action et me moque du ridicule. Car j'étais vraiment contente de parler des blogs, de cet espace de parole que nous envient les journalistes installés dans la "routine" (mot que De Baecque a beaucoup employé). Ce n'est pas en s'excitant derrière son clavier qu'on va faire avancer la critique, du moins, la rendre crédible. C'est en proposant des outils, des contenus. Après, il est facile de sortir les phrases de leur contexte. Ca m'a fait sourire. Damien pratique si bien l'art du collage....

Ecrit par : sandrine | 09/04/2008

Ooola, ça polémique !
1) Je ne suis pas critique donc je n'éprouve aucune envie de passer à l'action. Je me contente de ne plus aller au cinéma
2) Je ne comprends pas très bien ce type de réunion ou une catégorie de personnelle se morfond sur son sort. C'est quand même pas la faute à "Sarkosy" (c'est une image) si la critique de cinéma est nulle, et si "les journalistes sont installés dans la routine". Ils n'ont qu'à en sortir....
3) Si Klotz faisait de meilleur film, il y a fort à parier que le niveau de la critique serait meilleur.
4) En fait je m'en fous un peu...J'ai bien aimé Paranoiak (la fin est complètement ratée) qui me semble être passé inapercu. Que fait la critique ?

Ecrit par : P/Z | 09/04/2008

Sandrine, plusieurs points :
1)Hélas, je n'ai même pas l'excuse de l'alcool pour expliquer la maladresse de mes croquis ! Totalement à jeun au contraire ! Au buffet, je me suis contenté de m'empiffrer comme un affamé...
2)Tu n'as pas le nez tombant : c'est l'angle qui veut ça, et comme je dis toujours, ce ne sont pas des photomatons, mais des croquis, des caricatures...
3)Sur le fond, tu as parfaitement raison, et c'est tout à ton honneur de descendre ainsi dans l'arène pour défendre ton travail : rien à redire là-dessus.
4)Un mot sur ma méthode : tout retranscrire aurait été fastidieux, aussi j'ai préféré noter au vol certaines formules et voir ce que ça donne quand on les assemble, c'est toujours mon goût pour le cut-up, le collage, etc.
5)Ravi que ça t'a fait sourire : je n'avais pas d'autre but que de donner un compte-rendu un peu distrayant de ce débat, et au passage égratigner un peu le discours de ces intellos parfois brillants et parfois bêtes, mais qui s'écoutent parler et avec qui je ne te confonds pas !

Ecrit par : Damien | 09/04/2008

P/Z, tu devrais te relire : c'est un comble pour un conservateur comme toi de laisser pareilles fautes de français !

Ecrit par : Damien | 09/04/2008

Exact, c'est la polémique !!!! (en plus je tape sans lunette)

Ecrit par : P/Z | 09/04/2008

C'était quand même très nul, il faut bien l'avouer. Personne n'avait rien à dire, pas plus le critique patenté que l'apprentie journaliste, et encore moins le cinéaste ou l'universitaire !
Dans le genre "foutage de gueule", ce pseudo débat risque bien d'entrer dans les annales. Non mais franchement, c'est avec ce genre de contre-performance que vous pensez redorer le blason ???
Pour moi, la réponse est claire : "la critique", elle va direct dans le mur de la honte ! Pourtant, on était en droit d'attendre quelque chose de "la nouvelle critique autoproclamée", celle des blogs et du web en général, mais force est de contater qu'elle a manqué au rendez-vous (ce ne sera pas en tout cas celui-là).
La critique, celle qui reste, ce n'est pas celle là. En tout cas ce n'est pas celle que je lis et qui me donne à penser, désolé.
Qui plus est (et entre nous), à part De Baecque, je n'ai jamais lu aucune critique des autres intervenants de cette table ronde factice. Qui sont-ils ? D'où écrivent-ils ? De quoi parlent-ils ? A qui ? Comment ? On n'en sait rien... Si au moins ils avaient quelque chose à dire, on serait ravi de savoir où les lire. Mais tel n'est pas le cas. Signe des temps : beaucoup de gens qui ont ENVIE de dire quelque chose, mais peu qui ait QUELQUE CHOSE à dire.

Ecrit par : Michel | 10/04/2008

C'est bien dommage, Michel que votre voix ne se soit pas faite entendre lors de ce débat bien mollasson, il est vrai. Mais que proposeriez-vous vous-même ? Où peut-on vous lire, à défaut de vous entendre lorsque vous en avez pourtant l'occasion ?

Ecrit par : sandrine | 11/04/2008

Sandrine,
Je ne comprends pas ton ire.
1) je n'ai pas participé à ce débat, je trouve seulement que le compte-rendu fait par notre ami bien cruel.
2) pourquoi refuser à Michel un regard critique sur ce débat au motif qu'il n'y a pas participé ? C'est comme reprocher aux critiques de cinéma de ne pas faire de film.
3) plus sérieusement la question posée étant elle même sans intérêt, il n'est pas étonnant que les réponses y soient conformes. Où va la critique, on s'en fout un peu... plus pertinent, me semble-t-il est : qu'attend-on de la critique ? Pour ma part je ferais la réponse suivante en faisant un petit détour par la littérature (je cite) :
"Que convient-il d'appeler philosophie du roman ? On entendra par là l'énoncé des raisons que donnerait l'auteur (si on les lui demandait et s'il prenait la peine des les formuler) pour expliquer son choix des formes romanesque de préférence aux autres. Selon cette hypothèse, les seules idées qu'il peut avoir dans un roman sont des idées de roman. Quant à la philosophie du roman, elle n'est jamais dans le roman lui-même. Elle n'y est pas exposée. Elle est dans notre commentaire, celui que nous devons construire pour rendre compte du fait que nous comprenions et aimions le roman.''
Vincent Descombes, Proust, Philosophie du roman.
Il suffit de remplacer roman par film où cinéma. Ce que j'attends d'un critique c'est qu'il m'aide à percevoir "des idées de cinéma" là où il y en a (tout le reste résistance, crépusculaire, la critique va-t-elle à Barbizon ou à Pouilly de Juvisy haut n'est que bla-bla)

Ecrit par : P/Z | 11/04/2008

Mais moi, je ne suis pas critique ; je suis juste un cinéphile qui lit les revues et les magazines, c'est tout ! Je ne prétends pas du tout faire mieux ! Il ma semblé seulement que les membres de cette table ronde n'étaient pas forcément les mieux placés pour en parler, c'est tout. Les critiques, ce sont ceux qui écrivent dans les journaux et les revues, non ? (je me trompe peut être ?). Combien etaient-ils ce soir là ?
Enfin, au risque de me répéter, je me suis quand même bien emmerdé... (désolé, je sais que ce n'est pas "politiquement correct", mais je me suis royalement fait chier... J'aurais mieux fait de regarder un DVD chez moi !)

Ecrit par : Michel | 11/04/2008

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