18/10/2008

Décollages de Villeglé

En ce moment à Beaubourg...

«Tout finit au musée... Le boulevard... en était arrivé à étouffer la ville qu'il devait protéger - C'est par sa destruction qu'il est devenu, suivant l'expression de Maupassant, fleuve de vie -  Quant à l'affiche, émanant de la propagande des pouvoirs politique et financier, c'est par les couleurs qui débordent des déchirures qu'elle devient fleur de vie contemporaine, affirmation d'optimisme et de gaieté» -

(Blaise Cendrars)

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  «Cette aventure est une promenade proustienne au pays des rencontres heureuses, des hasards efficients, des rapprochements lumineux qui excitent la mémoire» - note Pierre Restany en 1963 - et de relever «l'urbanité sans pareille» de Villeglé -

La pratique du décollage-recollage d'affiches - déjà décrite par Félix Fénéon en 1893 - trouve avec la déchirure un nouveau front esthétique - D'abord l'affiche lacérée a été un motif photographique : Mohol-Nagy, Ilse Bing, Brassaï... - ensuite Jacques Villeglé et Raymond Hains se les sont appropriées - «ravir est une mise à distance du travail» - pour les exposer ainsi, grignotées ou paraphées par des successions de gestes anonymes -  

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«La déchirure détache du contexte et transpose l'événementiel dans le domaine de l'absolu - Un mot, un visage fragmenté, prennent dans l'imaginaire une tout autre importance - Si ces fragments aux origines brouillées sont mêlés par la violence du geste lacérateur à la matière colorée du papier dans des compositions chahutées, dont la structure non concertée a pourtant sa propre logique, nous nous trouvons alors dans la création pure, la manifestation spontanée» -

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«Je recueille les affiches, je note les écritures murales lorsque par un Caliban contemporain elles sont lacérées, surchargées de signes, et que leur objet publicitaire et propagandiste s'efface» - 

«Ce n'est pas en rival qu'œuvre l'artiste dans l'irrationnel, mais en coordinateur des fantasmes personnels et collectifs entre nature et culture, art et société, sensibilité et esprit, naturel et artificiel» -

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«Par la déchirure, antidote contre toute propagande, la publicité, "condensé de civilisation", fut introduite au domaine de l'heureusement invisible... L'affiche, "ce journal du monde de la rue", la ravisseur se l'approprie depuis 1949 que lacérée elle échappe au commerce, à la politique par les calembours rétiniens, les images deviennent illisibles, s'amalgament en coq-à-l'âne, les mots font leurs jeux - L'importance d'un visage déchiré, de la lettre lacérée, manuscrite ou typographique, d'un mot détaché de son contexte, du détournement d'un membre de phrase, peut être celle de la femme nue ou de l'angle droit dans la peinture figurative ou abstraite, le ravisseur n'en fera pas pour autant un cheval de bataille... Cette écriture emblématique des bas-fonds inscrit nos préoccupations socio-économiques en filigrane dans les pages blanches de l'histoire.» (1978)
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La démarche est quelque peu situationniste - Villeglé a fait un bout de chemin avec les lettristes, notamment Gil J. Wolman - Dans Un homme sans métier (1995), il remarque que  «la cueillette des affiches lacérées amorçait l'intégration de la société politique, industrielle, commerçante et publicitaire» -  «Décider que les déchets muraux de la ville, réalités collectives de la société expansionniste, avaient la même valeur que les formes crées par l'artiste traditionnel et professionnel fut donc, à l'origine, socialement et esthétiquement, un acte critique.» 

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«Par sa beauté, l'affiche lacérée pouvait nous délivrer du vide des abstraits.»   

Dans le superbe 122, rue du Temple de 1969, c'est un oiseau qui jaillit de la courbure de papier détaché :

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