31/10/2008
Feininger 2
Feininger est un artiste inclassable. Allemand ou américain ? Les deux. Né à New York en 1871, il y passe sa jeunesse. A 16 ans, il part pour l'Allemagne, son pays d'origine, afin d'étudier la musique. Car depuis l'enfance il est violoniste, comme son père. Il disait avoir "Bach dans son sang", et que cela influait sur tout son art. Toute sa vie, il jouera de la musique, composera même des fugues pour orgue. Mais une fois en Allemagne, il opte pour les Beaux-Arts. Il dessine, dessine inlassablement. Un graphisme spontané, dynamique. «Comme un faible nageur, j'ai tendance à me laisser engloutir par un tourbillon de sensations.» Archaïque ou moderne ? Les deux. Comme souvent les grands expressionnistes, il puise à la source médiévale, d'avant le classicisme. Disproportions subjectives, espace réinventé, parfois contre les lois de la perspective. Mais il aime représenter la vie moderne, sa vitesse, ses villes, ses foules, ses machines. Plus tard, il peindra les gratte-ciels de Manhattan comme des cathédrales. En attendant, il place des caricatures, des dessins politiques et satiriques dans des revues allemandes comme Ulk, Narrenschiff, Lustige Blätter. Ce sera son premier gagne-pain.
Incidemment, et sans que cela ait eu pour lui la moindre importance, Feininger est aussi l'un des pionniers de la bande dessinée. En 1906, il compose une série devenue mythique, the Kin-der-Kids, que publie le Chicago Sunday Tribune.
du port de New York jusqu'en Russie...
En chemin ils pêchent une baleine,
affrontent tempête
et typhon,
ils sont poursuivis par des loups,
et surtout par leur vieille tante qui veut à toute force les ramener à la maison...
et pour ça s'envole en montgolfière
Pour les archéologues de la bande dessinée, the Kin-der-Kids est un chef d'oeuvre de fantaisie et de virtuosité graphique. Pour Feininger, c'est purement alimentaire. Il n'apprécie pas le rendu de son travail imprimé, l'imprécision du trait, la perte des couleurs originelles. Et se méfie de la "routine" dangereuse où ce travail pourrait l'emmener. Il interrompt l'histoire à la 31ème planche et ne reviendra jamais à la bande dessinée.
Car Feininger cherche autre chose. "Surpasser la nature", trouver la forme ultime. «Les tableaux, dit-il, doivent chanter, ravir sans cesser de peindre un événement.» En 1911, à Paris, il découvre le cubisme. «J'ai vu la lumière. "Cubisme !" "Forme" devrais-je dire, dont le cubisme montre la voie.» Il insère le cubisme à son propre style. En 1912, il rencontre Heckel et Schmidt-Rottluff, du groupe die Brücke. L'année suivante, il expose avec Der Blaue Reiter, le cavalier bleu. En 1917, il publie ses vues sur l'art dans la revue Der Sturm.
En 1918, il se met à la gravure sur bois et participe à l'aventure du Bauhaus de Weimar. En 1925, le Bauhaus déménage à Dessau et prend une orientation plus industrielle. Feininger s'en éloigne : l'art est pour lui une expression cruciale, individuelle. Mais il restera ami avec Gropius, Klee et Kandinsky.
Tous les étés, entre 1924 et 1935, il les passe au bord de la Baltique, loin de la civilisation. Mais la région change vite, on y installe de nouvelles fortifications, et avec elles, de nouveaux drapeaux... Le nazisme l'a jugé : "art dégénéré". En 1937, Feininger retourne aux Etats-Unis, pour ses vingt dernières années. Sa peinture est de plus en plus minimaliste, immatérielle, quasi-abstraite. Il refusera pourtant, en 1942, de se joindre à l'American Abstract Artist Group : «Ma foi artistique est fondée sur un amour profond de la nature, et tout ce que je représente, tout ce que j'ai accompli est fondé sur cet amour.»
14:18 Publié dans Comics Trip, Figures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01/08/2007
Le génie du féminisme 6
La secrétaire qui se rêvait happy housewife...
... se retrouve confrontée aux désillusions de la condition domestique.
(Double couverture du Saturday Evening Post, 19 sept. 1959, par Alajàlov.)
Le féminisme commence par une prise de conscience, le rejet d'un modèle dominant.
(DiMassa : Hothead Paisan)
Ce constat d'une société formatée, où il faudra se battre pour simplement exister, rejoint celui de toutes les minorités. La vision synthétique d'un homo comme Ralf König par exemple :
"Il a organisé le monde de manière systématique afin de garder seul tout pouvoir de décision. Tout y est conçu pour son unique plaisir. Le mâle, au fond, ne s'intéresse qu'au mâle..."
"...Fabricant de lessives ou de bombes, il tourne des séries télévisées où la loi, aux commandes de locomotives ou de guerres, officie dans des jurys et des messes, possède femmes et pouvoir."
(Ralf König, Der bewegte Mann, Rowohlt, 1987 -"Les nouveaux mecs", Glénat)
Apparue dans la presse américaine en 1991, Hothead Paisan, la redoutable "terroriste lesbienne homicide" créée par Diane DiMassa, a développé la logique féministe jusqu'à son degré le plus radical.
C'est une fresque apocalyptique peuplée de caricatures...
de gauche à droite : chirurgiens plastiques, militants pro-life ("C'est peut-être un garçon !"), pompiers volontaires, vendeurs de voitures...
... et autres figures de l'hystérie dominante.
D'autre part DiMassa se livre à un très pertinent décodage des représentations : séparation sexiste des jouets, glorification de la force militaire, perversité hollywoodienne...
...ou encore cette imparable radiographie du cinéma américain à travers les bandes-annonces :
Délicieusement outrancière, Hothead Paisan incarne au fond le fantasme ultime des féministes : en finir définitivement avec le pénis.
(Hothead Paisan, Homicidal Lesbian Terrorist ©Diane DiMassa 1999 - Giant Ass Publishing/Cleispress)
15:40 Publié dans Comics Trip, Sémiotique sauvage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






































