22/12/2008

Last but one week2

Jeudi

Comme convenu, je passe donner un coup de main (et même de petite main) à la déco du film de Y. à Croix-de-Chavaux. Il s'agit simplement de fixer au gaffer des cartons noirs et des gélatines (feuilles transparentes teintées bleu et jaune) qui forment les fenêtres des façades, puis d'aider à l'élévation du fond de ciel bleu devant lequel on disposera ensuite une mer de sacs plastiques, à la Fellini. Une équipe de déco de cinéma (ou de théâtre) à l'œuvre, on dirait des marins manœuvrant les cordages, hissant les toiles peintes dans ce studio dont les voûtes ont justement une forme de bateau renversé.

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Vendredi

Panique à bord : dîner ce soir ! Levé à 6h30 pour ranger et préparer tout. Le soir, C. qui a bossé toute la semaine, D. fait la fête la veille jusqu'à 6 heures du matin, F. peu bavard, E. en petite forme, M. charmante, A. très enjouée mais qui travaille samedi toute la journée. O. et G. débarquent vers minuit finir le whisky entamé dans une fête de leur agence.

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Samedi

J'emmène ma fille au cinéma. On se décide sur les bandes-annonces : va pour Les Enfants de Timpelbach. Film manichéen et démago, où les parents sont stupides, les voyous débauchés de la graine de fascistes, les gentils gamins débrouillards font l'apprentissage de la démocratie (la meneuse s'appelle Marianne), l'union fait la force - née de la diversité, l'ingéniosité vainc la brutalité, bricolage rétro rehaussé de bestioles-robots de synthèse, le style Jean-Pierre Jeunet avec poste à galène, travellings sur la tuyauterie et téléphones vintage, préverterie de pacotille.

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Dimanche

T. nous concocte un somptueux canard (gingembre, citronnelle). J'ai retrouvé en rangeant un carnet de croquis datant de mes 16 ans. Des crayonnés recto verso, qui avec les années imprégnés du dessin d'en face (et vice-versa) s'ornent d'un sillage que je me plais à foncer à la retouche. Quelques-uns ornent ce billet, que je veux dédier à l'admirable Jane Sweet.

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“To live outside the law, you must be honest.”

(Bob Dylan)

Last but one week 1

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Lundi

J'ai rendez-vous demain matin avec les éditions Noiraude. Je relis et peaufine les documents : présentation du projet (un dictionnaire des citations), index des 109 thèmes, échantillon d'index des auteurs et des mots-clés, plus un thème traité en entier, décliné en mots-clés et citations. Vers 10 heures du soir, je modifie les catégories de l'index thématique, déplace les mots-clés, élimine les doublons, car toutes les citations possibles, qu'elles soient poétiques, philosophiques, romanesques ou autres, doivent pouvoir y trouver leur place. J'entreprends donc de le refonder entièrement, travail vertigineux qui me tient pratiquement toute la nuit. A cinq heures du matin, corps et cerveau demandent grâce : je tombe de sommeil...

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Mardi 

... et me réveille à sept pour finir à l'arrache. Le temps de me doucher, raser et changer, je me précipite au rendez-vous et défends mon projet bec et ongles. Je sors de l'entretien plutôt satisfait, mais il faut encore attendre le feu vert de la direction, début janvier. De retour chez moi, je dois encore modifier l'échantillon d'index par mots-clés et l'envoie par mail à 15h30. Je me fais un sandwich avant d'aller chercher ma fille à l'école. Elle m'accompagne à Monoprix, et une fois rentrés, nous manions à tour de rôle le spirographe, un outil amusant qui permet de dessiner des courbes, des rosaces ou des bigorneaux. 

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Mercredi

Je garde ma fille et son amie du mercredi de 10 à 18 h, tout en préparant pendant deux bonnes heures une recette de boulettes de viande à la  marocaine (steak et/ou mouton haché, oignons, mie de pain, persil, coriandre, sel, paprika, cumin, ras el hanout, piment pilé, et on casse un œuf dans la pâte avant de la malaxer une dernière fois et de la rouler dans la paume en boulettes que l'on jette dans le bouillon (concentré de tomates, eau, ail, coriandre etc., plus deux morceaux de viande de mouton)) en prévision du dîner de vendredi. 

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02/09/2008

Une révélation

 

Depuis longtemps je m'étais détourné du rock. S'agglutiner le vendredi soir dans une petite salle sombre et se bousculer joyeusement par grappes devant  un quartet guitare-basse-batterie-guitare hurlant sa rebellitude inaudible sur fond de marteau-piqueur frénétique, j'avais assez donné. Je laissais aux teenagers des générations suivantes le soin d'entretenir la flamme. 
Et puis voilà, l'autre jour à la Flèche d'Or il y avait ce groupe au nom improbable : I am un chien. Sidérant. Grandiose. L'évidence même. L'alchimie parfaite. Dépêchez-vous de découvrir sur scène ce groupe exceptionnel. Ils jouent samedi à Paris au Showcase (sous le pont Alexandre). Retenez bien ce nom : I am un chien - moi je dirais plutôt : ce sont des maîtres.
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16/03/2008

Balade mexicaine, 5

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Terre castillane et morisque, rayée d'aztèque, le Mexique est foisonnamment baroque - ce mot portugais qui désigne une perle imparfaite.

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C'est comme si les ors chrétiens des cathédrales churrigueresques avaient voulu rattraper l'énergie furieuse des volcans,


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Popocatépetl la montagne qui fume,

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Citlaltépletl la montagne étoile,

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Iztaccihuátl la femme endormie,

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Xinantécatl la sainte chauve-souris

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et Paricutin, le plus jeune volcan du monde, jailli en 1943 d’un champ de maïs du Michoacan.

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« Nos jambes tremblaient alors comme celles d'un homme ivre, une légère oppression s'était emparée de nous, mais elle disparut après quelques instants de repos ; nous avions la neige pour nous désaltérer, et nous en mélangeâmes dans une coupe avec une égale quantité de mezcal. Il fallut néanmoins nous asseoir, la pente était à pic et l'océanesque panorama qui se développait aux quatre points cardinaux nous avait jetés dans une terrifiante admiration. Comment oser décrire ce que j'ai vu ?
Je veux le tenter cependant, et j'en parlerai autant que l'infiniment petit peut parler des choses infinies, car n'est-ce pas l'infini que cet horizon de 80 lieues, triplant l'étendue de l'horizon marin avec la même grandeur de lignes, mais plus riche, de ses déserts, de ses champs cultivés, de ses forêts, de ses mille plans étagés, où le prisme éclatant de la lumière verse en prodigue ses plus étincelantes couleurs.
Arrivé au point culminant de la lèvre supérieure du cratère, le voyageur se trouve entre deux abîmes, et le vertige qui tout d'abord s'empare de lui semble plutôt un éblouissement des splendeurs que son regard embrasse que l'effet des gouffres béants qu'il ose braver.
Il a derrière lui le cratère immense, ses jets de vapeur sulfureux et ses grondements souterrains ; à ses pieds, un chaos de roches mutilées, scories gigantesques se soulevant de leur couche de neige et de cendre, rappellent, dans le convulsif et le tourmenté de leurs attitudes, les damnés de Dante cherchant à s'arracher de leur cercle de glace ; à droite le pic du Moine lève sa tête altière et tout au bas l'oeil se perd dans les précipices vertigineux de la barranca de Mispayantla... »

(Désiré Charnay : Voyage au Mexique,1858-1861)

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(Orozco : Hombre de Fuego)

04/03/2008

Taï-Chi-Chuan

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21/02/2008

Horses

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(d’après :
2 : Hogarth
3 : fresque d’Abba Antonios, Ethiopie
4 : musée de la chasse
5-6 : sculpture non-identifiée, Ménilmontant
7 : Myologie et splanchologie de l’homme et du cheval, dit
Le Cavalier par Honoré Fragonard, Maisons-Alfort)

13/02/2008

Aux Trois Chapeaux

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16/01/2008

Balade mexicaine, 4

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España de la otra guitarra, la desgarrada, no la humilde, la nuestra,
España de los patios, España de la piedra piadosa de catedrales y santuarios

España del inútil coraje, podemos profesar otros amores,
podemos olvidarte como olvidamos nuestro propio pasado,
Porque inseparablemente estás en nosotros,
en los íntimos hábitos de la sangre,
España, madre de ríos y de espadas y de multiplicadas generaciones, incesante y fatal

(Espagne de l’autre guitare, la déchirée, pas la humble, la nôtre,
Espagne des cours, Espagne de la pierre précieuse des cathédrales et des sanctuaires

Espagne de l’inutile courage, nous pouvons professer d’autres amours,
T’oublier comme nous oublions notre propre passé,
Parce que tu es inséparablement en nous, dans les habitudes intimes du sang,
Espagne, mère des fleuves et des glaives et des générations multipliées, incessante et fatale)


J.L. Borgès

10/12/2007

Plastic Bar & blue suede boots

« L'industrialisation de la culture a déséquilibré le système. La dématérialisation des supports ne se fait pas aussi vite que les majors le souhaiteraient tout en la craignant. L'abandon des stocks est une idée plaisante pour un commercial. Mais, après un certain engouement, le public pourrait ne pas suivre et revenir vers des objets, de vrais objets.
- J'ai l'impression que c'est irréversible.
- Pourtant les citadins reviennent à la bicyclette. L'industrie discographique est condamnée dans ses formes actuelle et ancienne. De même que les gens s'éloignent et se rapprochent, je pense que le commerce de proximité va revivre. L'artisanat a de beaux jours devant lui, à condition d'être patient ! C'est la réplique logique à la virtualité, à la mondialisation, à toute cette désincarnation de la relation qui procède selon les mêmes schémas de profit que la dématérialisation.»

(Jean-Jacques Birgé, ici).

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Mercredi 5 décembre.
Convié par Jérôme d'Inculte, je gagne le Plastic Bar rue Jean Beausire, pour la deuxième Soirée du Tonnerre, comme si la météo n'était pas déjà assez pourrie, et commence par rater les deux premières lectures, dont celle de Maylis de Kerangal, au profit d'une aimable conversation par téléphone portable. J'arrive à temps pour le premier intermède musical et avise un canapé judicieusement placé. Le jeune couple qui l'occupe consent gracieusement à se serrer davantage pour me laisser m'asseoir. C'est donc aux premières loges que j'entame les croquis.

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Sanglée comme une folkeuse, Julie B.Bonnie chante Famous Blue Raincoat, belle version réinventée d'un des meilleurs standards de Leonard Cohen (That night that you planned to go clear...). Elle enchaîne sur une ballade un peu cafardeuse (Alcohol, drugs and happiness are never in the same place), et une troisième plus apaisée, dont le refrain est plus informel (Chananana...).

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Les lectures reprennent. Un jeune homme se présente au micro :
- Bonjour, je m'appelle Thibault de Vivies et je vais vous lire le premier chapitre d'un roman pas encore publié parce que personne n'en veut... Non, je déconne...

Ça parle de femmes qui font des enfants dans les cités, le narrateur n'a pas tellement envie de faire un enfant et développe, si je me souviens bien, une vision clinico-sociale des orifices féminins sur fond de béton déprimatif.

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Je n'ai pas relevé le nom de l'intervenant suivant, peut-être Mathieu Larnaudie ? Il présente Une chic fille, un roman collectif inspiré de la bimbo tragique et pulpeuse Anna Nicole Smith.

- Bon, je ne vais lire que des textes que j'ai écrits moi, d'ailleurs ce sont les meilleurs du recueil... Alors bon, les narrateurs sont différents selon les chapitres... Là c'est l'époque où Anna Nicole Smith s'appelait Vickie...

Il lit, et c'est le témoignage d'un collégien qui fantasme sur la jolie fille un peu dessalée de la classe, puis un autre extrait, A.N.S. vue par une autre fille, jalousie et fascination sur le plateau frelaté d'un show télé...

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La relève est prise par deux jeunes hommes chic, sortes de Laurel et Hardy qui ont écrit un roman à quatre mains autour de la figure de Phil Spector, ténébreux maestro des années pop (le son des vieux Ike & Tina, entre autres...). Laurel, qui se nomme Etienne Celmare, refuse violemment le micro, et lit fièvreusement :
« Le sommeil de la raison ? Non, c'est l'insomnie qui engendre des monstres !»

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Il y a de plus en plus de monde, je perds ma place en allant chercher une bière, discutaille au hasard et n'écoute pas trop la lecture faite par Christophe Claro (pourtant organisateur de la soirée ), pas plus que celle du DJ en haut de sa mezzanine.
Enfin, c'est un jeune chanteur-guitariste aux accents mélancoliques, Bertrand Belin, qui accomplit la dernière intervention microphonique.

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Le temps s'écoule comme la bière au gosier, mes croquis comme d'habitude virent un peu expressionnistes.
Je me demande alors, enorgueilli par l'alcool, si les graphistes cliqueurs de souris, photoshopiens et autres professionnels PAO, ne passent pas à côté de l'essentiel en se privant de l'expérience du trait comme sismographe d'un état psychique ?

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Trevor Tex envoie les dernières salves sonores (de l'excellente electro). Je cause longuement avec un autre musicien, Nicolas Laferrerie. Le moment de la soirée qu'il a préféré, c'est quand Etienne Celmare a refusé le micro : là, il s'est passé quelque chose, dit-il. On parle surtout de peinture, de Francis Bacon et d'Egon Schiele,

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en regardant distraitement les filles aux bottes en daim bleu.

10/11/2007

Balade mexicaine, 3

On raconte que quand Charles Quint lui demanda de définir la géographie de la Nouvelle-Espagne, Cortès froissa une feuille de papier et la jeta sur la table – Tel est ce pays fripé, à la jonction de 3 plaques tectoniques... les déserts - Sonora, Chihuahua, Coahuila, Durango - et les neiges éternelles - montagnes froides et jungle tropicale - les deux Sierra Madre et la péninsule du Yucatán - les gorges de Barranca Del Cobre et la Sierra del Sur, lame descendante vers l'isthme de Tehuantepec, et le lac de Pátzcuaro...

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Don Quichotte arrivant au Mexique aurait trouvé un pays à sa mesure, dans le nombre et le gigantisme. Déjà avant les Espagnols, Tenochtitlan la future Mexico, comptait 300.000 habitants... L'empire aztèque était une mosaïque de peuples... Zapotèques, Mixtèques, Huastèques, Totonaques, Olmèques, Toltèques, Chichimèques, Tarasques, Hohokams, Mogollons, Anasazi, Tarahumaras, Yaquis, Mayos, Pimas, Opatas, Coras, Huichols, Paquimés... Ils parlaient nahuatl, chiricahua, coahuilteco, raramuri, tzotzil, tzeltal, chol, chortí, quiché... Leur histoire est complexe et mystérieuse.

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(Pour mémoire, les deux premières balades)

(à suivre...)

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