22/12/2008

Last but one week2

Jeudi

Comme convenu, je passe donner un coup de main (et même de petite main) à la déco du film de Y. à Croix-de-Chavaux. Il s'agit simplement de fixer au gaffer des cartons noirs et des gélatines (feuilles transparentes teintées bleu et jaune) qui forment les fenêtres des façades, puis d'aider à l'élévation du fond de ciel bleu devant lequel on disposera ensuite une mer de sacs plastiques, à la Fellini. Une équipe de déco de cinéma (ou de théâtre) à l'œuvre, on dirait des marins manœuvrant les cordages, hissant les toiles peintes dans ce studio dont les voûtes ont justement une forme de bateau renversé.

Dylan_0002_3_2.jpg

Vendredi

Panique à bord : dîner ce soir ! Levé à 6h30 pour ranger et préparer tout. Le soir, C. qui a bossé toute la semaine, D. fait la fête la veille jusqu'à 6 heures du matin, F. peu bavard, E. en petite forme, M. charmante, A. très enjouée mais qui travaille samedi toute la journée. O. et G. débarquent vers minuit finir le whisky entamé dans une fête de leur agence.

Dylan_2_2.jpg

Samedi

J'emmène ma fille au cinéma. On se décide sur les bandes-annonces : va pour Les Enfants de Timpelbach. Film manichéen et démago, où les parents sont stupides, les voyous débauchés de la graine de fascistes, les gentils gamins débrouillards font l'apprentissage de la démocratie (la meneuse s'appelle Marianne), l'union fait la force - née de la diversité, l'ingéniosité vainc la brutalité, bricolage rétro rehaussé de bestioles-robots de synthèse, le style Jean-Pierre Jeunet avec poste à galène, travellings sur la tuyauterie et téléphones vintage, préverterie de pacotille.

Dylan_0003_2_2.jpg

Dimanche

T. nous concocte un somptueux canard (gingembre, citronnelle). J'ai retrouvé en rangeant un carnet de croquis datant de mes 16 ans. Des crayonnés recto verso, qui avec les années imprégnés du dessin d'en face (et vice-versa) s'ornent d'un sillage que je me plais à foncer à la retouche. Quelques-uns ornent ce billet, que je veux dédier à l'admirable Jane Sweet.

Dylan_0001_2_2.jpg

“To live outside the law, you must be honest.”

(Bob Dylan)

Last but one week 1

1985_0005_2.jpg

Lundi

J'ai rendez-vous demain matin avec les éditions Noiraude. Je relis et peaufine les documents : présentation du projet (un dictionnaire des citations), index des 109 thèmes, échantillon d'index des auteurs et des mots-clés, plus un thème traité en entier, décliné en mots-clés et citations. Vers 10 heures du soir, je modifie les catégories de l'index thématique, déplace les mots-clés, élimine les doublons, car toutes les citations possibles, qu'elles soient poétiques, philosophiques, romanesques ou autres, doivent pouvoir y trouver leur place. J'entreprends donc de le refonder entièrement, travail vertigineux qui me tient pratiquement toute la nuit. A cinq heures du matin, corps et cerveau demandent grâce : je tombe de sommeil...

1985.jpg

Mardi 

... et me réveille à sept pour finir à l'arrache. Le temps de me doucher, raser et changer, je me précipite au rendez-vous et défends mon projet bec et ongles. Je sors de l'entretien plutôt satisfait, mais il faut encore attendre le feu vert de la direction, début janvier. De retour chez moi, je dois encore modifier l'échantillon d'index par mots-clés et l'envoie par mail à 15h30. Je me fais un sandwich avant d'aller chercher ma fille à l'école. Elle m'accompagne à Monoprix, et une fois rentrés, nous manions à tour de rôle le spirographe, un outil amusant qui permet de dessiner des courbes, des rosaces ou des bigorneaux. 

spirograph1.JPG

Mercredi

Je garde ma fille et son amie du mercredi de 10 à 18 h, tout en préparant pendant deux bonnes heures une recette de boulettes de viande à la  marocaine (steak et/ou mouton haché, oignons, mie de pain, persil, coriandre, sel, paprika, cumin, ras el hanout, piment pilé, et on casse un œuf dans la pâte avant de la malaxer une dernière fois et de la rouler dans la paume en boulettes que l'on jette dans le bouillon (concentré de tomates, eau, ail, coriandre etc., plus deux morceaux de viande de mouton)) en prévision du dîner de vendredi. 

1985_0001_2.jpg

24/09/2008

De la sincérité

 

femme_masque.jpg

(La femme au masque, automate créé par Renato Boaretto)

 

Longue discussion avec P. qui se lance dans un éloge paradoxal de l'hypocrisie :

- L'hypocrisie, il faudrait presque la défendre maintenant, parce que si on regarde bien, elle est du côté de la politesse et du quant-à-soi, c'est-à-dire de la dignité. On l'oppose toujours à la sincérité : on a tort. Le contraire de l'hypocrisie, ce serait plutôt l'auto-complaisance. Tu sais, ces gens qui ont envie de t'ouvrir leur cœur, j'ai horreur de ça... C'est comme ces émissions de télé où les gens viennent tout déballer en direct, je trouve ça obscène.

- Ouais, c'est peut-être dommage qu'on ait perdu le rite de la confession, au moins ça sortait pas de l'église. Mais y a les psys maintenant...

- Mais c'est pas pareil ! Les gens qui consultent les psys, au contraire ça les encourage à parler d'eux-mêmes, ils prennent de mauvaises habitudes et après on a droit à tous les détails : papa, maman, leur doudou quand ils étaient petits, et pourquoi ils ont du mal à bander... Pouah ! Et après ils te disent «Oui, mais tu comprends, je suis sincère !» comme si ça les excusait de t'emmerder avec leurs histoires ! Mais non, y a pas de quoi se vanter d'être sincère.

- Moi j'aime assez la franchise, la sincérité en général. On me l'a assez reproché d'ailleurs...

- Ah, tu vois ! On est bien d'accord : la sincérité ne paye pas. La franchise a ses limites. Bon, à la rigueur, ça peut être un horizon si tu veux, une sorte d'idéal... Mais dans les faits, il faut mentir, il faut cacher. Toujours rester stratégique dans les rapports humains. Moi quand on me demande, je dis toujours que tout va bien, ça me paraît la moindre des politesses. Le boulot ? Passionnant, mais je suis débordé ! Les amours ? Qu'est-ce qu'elles ont toutes après moi ! La santé ? Tant d'énergie, c'est presque trop ! 

- Oui, enfin, il faut que ça soit crédible. Si tu es malade, fauché, déprimé...

- Quand ça va pas, il vaut mieux éviter de le faire savoir. On ne prête qu'aux riches, c'est bien connu, et on a raison, sinon c'est prêter en pure perte. Regarde, avec les filles c'est pareil : elles n'aiment que les riches et les frimeurs. 

- Oh, c'est un cliché, ça... On en voit, des filles qui s'amourachent de mecs paumés...

- Oui, quand elles sont jeunes, et après elles passent à autre chose... D'ailleurs, même celles qui aiment les loosers, et y en a peu, je suis sûr qu'elles les aiment d'abord pour leur orgueil et leur foutu caractère. 

- Et toi, pourquoi tu aimes les fausses blondes ?

- Bah, c'est mon côté libertin... Tu embrasses une blonde, tu lèches une brune : j'adore !

09/04/2008

Où va la critique de cinéma ?

La scène se passe à la Femis, salle Jacques Demy, lundi 7 avril entre 20 et 22 heures. Une table ronde a été organisée par trois étudiants.
Thème du débat : où va la critique de cinéma ?

Cyril Neyrat n'est pas venu pour cause d'assemblée générale : on apprend en effet que le Monde vient de décider de revendre les Cahiers du cinéma. On est donc en pleine actualité.

Les intervenants présents sont :

1606314328.jpg
Antoine De Baecque, critique et historien du cinéma ;
1839427159.jpg
Nicolas Klotz, réalisateur ;
1249502844.jpg
Hervé Joubert-Laurencin, universitaire ;
697215188.jpg
et Sandrine Marques, blogueuse. Contrechamp, c'est elle.

Voici donc un petit digest subjectif de cette soirée, d'après les notes éparses que j'ai prises entre deux croquis, à moins que ce ne soit l'inverse...

De Baecque :
- On peut vraiment parler d'un état critique, c'est-à-dire d'un état de crise...

Marques :
- Moi je me définis avant tout comme cinéphile. Je ne suis pas venue ce soir pour dire que les blogs sont un nouvel espace d'expression critique. Je travaille aussi pour le magazine de MK2, et je suis très contente de cette schizophrénie !

Klotz :
- C'est aussi difficile de faire un film qu'une critique de film. Il faut prendre des risques, lutter contre le formatage. Nous, qui faisons des films d'auteur, on travaille avec la critique...

De Baecque :
- Lorsque en 1954 François Truffaut et Jacques Rivette vont voir Jacques Becker munis d'un magnétophone, ils inventent l'entretien avec un cinéaste...
Aujourd'hui, le temps de la critique est de plus en plus resserré : il commence le mercredi et s'arrête le samedi soir. C'est un temps presque aussi bref que la durée d'exploitation d'un film en salles. La crise est surtout une crise de surproduction. Le problème, c'est que c'est la même chose qui s'écrit partout.

Joubert-Laurencin :
- Moi je trouve que plus il y en a, mieux c'est. Mais il faut définir ce qu'est la critique. La critique au fond ressemble au cinéma. D'après le grand historien de l'art Adolfo Venturi, la critique doit définir un objet.
Je vais dire un mot obscène : c'est le mot universitaire. Moi je suis un universitaire et je l'assume très bien...

Marques :
- Les Cahiers sont toujours à la recherche du concept, mais ils ne sont pas à jour, ils confondent la DV et la HD...

Klotz :
- Les films du milieu, moi ça me fait penser à François Bayrou.

Joubert-Laurencin :
- Ce que le milieu rate, ce sont les extrêmes...

Marques :
- Je pense à Baudelaire, dans sa critique de Wagner, parlant du transitoire et du fugitif. Voilà, je crois que c'est ça qu'il faut chercher : le transitoire et le fugitif.

De Baecque :
- La beauté, un beau film, on voit ça écrit partout. La beauté a été récupérée par la réclame. Un critique dit : c'est un beau film, et après on retrouve la citation sur l'affiche. C'était devenu un jeu entre nous, ne jamais employer ces mots-là pour éviter la récup'. Sinon après, vos collègues se moquent de vous, vous êtes considéré comme un vendu.

Joubert-Laurencin :
- Nous ne sommes plus platoniciens. Le beau, le vrai, tout ça c'est fini. Mais il y a encore une violence rhétorique, qui consiste à dire c'est du cinéma ou ce n'est pas du cinéma... Il faut aussi noter l'importance nouvelle du documentaire. Bien sûr, on retrouve le fond bazinien, la question de l'enregistrement du réel.

Klotz :
- La fiction, c'est aussi du documentaire...

Marques :
- Il faut noter un événement capital : c'est la disparition physique du corps des acteurs.

De Baecque :
- Oui, la disparition des corps dans le numérique. Comme disait Daney, c'est le dessin qui a gagné, la distinction entre cinéma filmé et dessin animé est devenue floue.

Klotz :
- Daney pensait qu'à partir des années 50, le cinéma décroît, il entre dans son ère crépusculaire. Le cinéma est-il sorti de l'Histoire ?

Joubert-Laurencin :
- Daney écrivait mal, d'un point de vue stylistique. Une idée par ligne, c'est beaucoup trop. Après, on peut trouver ça beau...

De Baecque :
- Daney, il bégaie.

Marques :
- Pour Daney, il y avait trois choses importantes : regarder, écrire, et aussi parler. Il y a de l'oralité dans son style.

Joubert-Laurencin :
- Daney doit beaucoup à Barthes... Il faut rappeler que pour lui, la critique était là pour prolonger l'émotion du spectateur et faire entrer la cinéphilie dans l'écriture - la cinéphilie, c'est-à-dire le fait de discuter du film en sortant de la salle.

Une jeune fille du public :
- Moi quand j'entends ça, j'ai envie de dire : Vous reprendrez bien une tranche de vie ?

Klotz :
- Il y a aussi la question des archives, le cinéma c'est aussi ça. Moi je pense à Deleuze, son intervention ici même, sur le rapport entre oeuvre d'art et résistance. A quoi ça sert le cinéma, si c'est une bulle autiste ? Pendant longtemps le cinéma était cette fenêtre ouverte sur le monde, c'est fini tout ça, les bulldozers sont passés, les fenêtres sont cassées... Moi je crois que la salle est un outil, comme la caméra. Pour moi, le film doit faire intrusion, effraction.


Le débat s'achève de façon un peu confuse avec l'intervention de Maria Koleva, réalisatrice bulgare assise au premier rang, qui a tout filmé avec une mini-caméra. Elle parle de Bienvenue chez les Ch'tis :
271286080.jpg

- C'est une vieille tladitioun de mountler les pôvles au cinéma. Je l'ai dit il y a tllès lungtemps déjà qu'il fallait filmer ces melveilleux gens du Nolld ! Et donc Claude Belli, il me doit encole dix milliouns d'eulos !
1658732776.jpg

Quant à moi j'ai une pensée pour ce spectateur resté debout tout le temps. Je l'ai déjà croisé plus d'une fois à la Cinémathèque. Qu'est-ce que c'est que cette espèce de vieux loup de mer qui ressemble un peu au Popa de Popeye, invariablement seul et silencieux ? Quelle âme se cache sous ce béret, derrière ces yeux vitreux ? Comment vit-il ? Et lui, où va-t-il ?

28/01/2008

De la déception

4111156dd05719031ef2f4095432075c.jpg

Conversation avec une amie. On en vient à parler de l'amitié. Je lui cite Desproges :
"Les amis se comptent sur les doigts de la main du baron Empain, voire de Django Reinhardt, pour les plus misanthropes.(...) La caractéristique principale d’un ami est sa capacité à vous décevoir."
- C'est un paradoxe qui signifie simplement que l'amitié véritable est inaltérable, dit-elle. Mais la déception chez les autres m'étonne toujours. Moi je ne suis jamais déçue, peut-être parce que je n'attends rien de personne. Les gens déçus sont à côté de la plaque, ce qu'ils appellent déception c'est seulement la rectification d'une erreur de jugement, une illusion qui tombe, une facette nouvelle de la complexité des êtres, de la réalité des choses. D'ailleurs il y a toujours une prétention terrible derrière toutes ces histoires : "Oh, qu'est-ce que tu me déçois !" ça veut toujours dire "tu n'es pas digne de moi, je vaux mieux que ça." Ce sont les mêmes qui attendent que le bonheur leur tombe dessus en s'imaginant que la vie puisse cesser un jour d'être une suite de difficultés à résoudre, un affrontement perpétuel et inédit. Ce sont les filles qui croient au prince charmant et les mecs qui fantasment sur la pute parfaite, c'est à peu près pareil. Il ne leur reste à la fin qu'à se branler dans les regrets et se plaindre d'être victimes d'une éternelle injustice.

(Stan Lee/John Buschema/Romita, © Marvel Comics Group 1980)

10/12/2007

Plastic Bar & blue suede boots

« L'industrialisation de la culture a déséquilibré le système. La dématérialisation des supports ne se fait pas aussi vite que les majors le souhaiteraient tout en la craignant. L'abandon des stocks est une idée plaisante pour un commercial. Mais, après un certain engouement, le public pourrait ne pas suivre et revenir vers des objets, de vrais objets.
- J'ai l'impression que c'est irréversible.
- Pourtant les citadins reviennent à la bicyclette. L'industrie discographique est condamnée dans ses formes actuelle et ancienne. De même que les gens s'éloignent et se rapprochent, je pense que le commerce de proximité va revivre. L'artisanat a de beaux jours devant lui, à condition d'être patient ! C'est la réplique logique à la virtualité, à la mondialisation, à toute cette désincarnation de la relation qui procède selon les mêmes schémas de profit que la dématérialisation.»

(Jean-Jacques Birgé, ici).

4597c696b381004e06c172e1ad89ae71.jpg



Mercredi 5 décembre.
Convié par Jérôme d'Inculte, je gagne le Plastic Bar rue Jean Beausire, pour la deuxième Soirée du Tonnerre, comme si la météo n'était pas déjà assez pourrie, et commence par rater les deux premières lectures, dont celle de Maylis de Kerangal, au profit d'une aimable conversation par téléphone portable. J'arrive à temps pour le premier intermède musical et avise un canapé judicieusement placé. Le jeune couple qui l'occupe consent gracieusement à se serrer davantage pour me laisser m'asseoir. C'est donc aux premières loges que j'entame les croquis.

265dacdb074dc42fd2850aaf633c43a5.jpg



Sanglée comme une folkeuse, Julie B.Bonnie chante Famous Blue Raincoat, belle version réinventée d'un des meilleurs standards de Leonard Cohen (That night that you planned to go clear...). Elle enchaîne sur une ballade un peu cafardeuse (Alcohol, drugs and happiness are never in the same place), et une troisième plus apaisée, dont le refrain est plus informel (Chananana...).

c0c3ea949102936810f620e30c7d4a3f.jpg



Les lectures reprennent. Un jeune homme se présente au micro :
- Bonjour, je m'appelle Thibault de Vivies et je vais vous lire le premier chapitre d'un roman pas encore publié parce que personne n'en veut... Non, je déconne...

Ça parle de femmes qui font des enfants dans les cités, le narrateur n'a pas tellement envie de faire un enfant et développe, si je me souviens bien, une vision clinico-sociale des orifices féminins sur fond de béton déprimatif.

21f4e9059945c1aa8f507d97d67d45f4.jpg
c3ef50f181789e693c57f24cb6b05eec.jpg



Je n'ai pas relevé le nom de l'intervenant suivant, peut-être Mathieu Larnaudie ? Il présente Une chic fille, un roman collectif inspiré de la bimbo tragique et pulpeuse Anna Nicole Smith.

- Bon, je ne vais lire que des textes que j'ai écrits moi, d'ailleurs ce sont les meilleurs du recueil... Alors bon, les narrateurs sont différents selon les chapitres... Là c'est l'époque où Anna Nicole Smith s'appelait Vickie...

Il lit, et c'est le témoignage d'un collégien qui fantasme sur la jolie fille un peu dessalée de la classe, puis un autre extrait, A.N.S. vue par une autre fille, jalousie et fascination sur le plateau frelaté d'un show télé...

f66c8553605c319ea19b79d7c8c4fee6.jpg



La relève est prise par deux jeunes hommes chic, sortes de Laurel et Hardy qui ont écrit un roman à quatre mains autour de la figure de Phil Spector, ténébreux maestro des années pop (le son des vieux Ike & Tina, entre autres...). Laurel, qui se nomme Etienne Celmare, refuse violemment le micro, et lit fièvreusement :
« Le sommeil de la raison ? Non, c'est l'insomnie qui engendre des monstres !»

844ec2fa268f79e6495efc0d4c68f8d3.jpg



Il y a de plus en plus de monde, je perds ma place en allant chercher une bière, discutaille au hasard et n'écoute pas trop la lecture faite par Christophe Claro (pourtant organisateur de la soirée ), pas plus que celle du DJ en haut de sa mezzanine.
Enfin, c'est un jeune chanteur-guitariste aux accents mélancoliques, Bertrand Belin, qui accomplit la dernière intervention microphonique.

847cbfa0ab867ed9d44e3e25c9ae5816.jpg



Le temps s'écoule comme la bière au gosier, mes croquis comme d'habitude virent un peu expressionnistes.
Je me demande alors, enorgueilli par l'alcool, si les graphistes cliqueurs de souris, photoshopiens et autres professionnels PAO, ne passent pas à côté de l'essentiel en se privant de l'expérience du trait comme sismographe d'un état psychique ?

8a881301dfa4176003d76b01b33c2a5f.jpg



Trevor Tex envoie les dernières salves sonores (de l'excellente electro). Je cause longuement avec un autre musicien, Nicolas Laferrerie. Le moment de la soirée qu'il a préféré, c'est quand Etienne Celmare a refusé le micro : là, il s'est passé quelque chose, dit-il. On parle surtout de peinture, de Francis Bacon et d'Egon Schiele,

c8d7ca089d81d6ed1bf45d754dfe334a.jpg



en regardant distraitement les filles aux bottes en daim bleu.

21/07/2007

Les bas-fonds

c079e1bc6644ef6c39eb9ac28b5c0898.jpg


Le patron, à l'heure de la fermeture
- On fait un métier dégueulasse, un métier d'esclave... 10-12 heures par jour, certains jours bénéf, certains jours déficit, tu sais jamais à l'avance... Les gens s'en foutent, si je fermais ils iraient ailleurs... Toute façon ils payent, alors ils ont le droit d'être désagréables, de venir me raconter leurs salades... Soi-disant se changer les idées mais tu parles... Les bastons certains jours... J'ai encore des bleus sur les bras, regarde. Le mec dès qu'il rentre, tu sais déjà que c'est un connard, qu'il va être agressif mais tu peux pas te permettre de le jeter comme ça : c'est un client, il amène d'autres clients... Il y a les flics aussi qui veulent savoir, qui te demandent qui fréquente le bar, les histoires de drogue... Et si tu veux rien dire ils reviennent tout le temps et t'as des emmerdes...

eac19381fb65426c5bcbc7290ac93e9c.jpg


C. - Ouais j'ai mal au pied... C'est l'autre jour, deux mecs de dix ans plus jeunes qui ont commencé à nous chercher... Bon, ils ont fini par être virés du bar, mais du coup ils nous ont attendus sur le parking, ils ont dû attendre une heure, le temps que le bar ferme, ah faut vraiment avoir envie de se cogner ! Bon, les mecs sont repartis la gueule en sang évidemment, on était trois et c'était pas des dégourdis, et y en a un, je lui ai mis des coups de pied dans la tête, c'est pour ça que j'ai mal au pied ! (il raconte ça en rigolant)

19fecc8a030f823756f5af95b12e3a45.jpg


T. - Tiens, tu vois cette meuf qui entre, Laure elle s'appelle, je lui ai roulé une pelle un soir. Elle était venue avec son mec, ils se sont installés à la table d'à côté et ils voulaient acheter du shit, alors bon comme je sais où c'est, je les emmène place de la Discorde... On arrive devant l'endroit, et le mec nous dit : «Restez là, je vais voir.» Je lui laisse 10 €, lui il avait 20, bon, il entre et on l'attend, sa meuf et moi... Et tout à coup une bande de mecs rapplique en survêt'... Elle a un peu flippé, alors elle a fait, tu sais comme dans les films d'espionnage : elle m'a embrassé pour pas que les mecs nous emmerdent ! Elle a fait ça très spontanément, en me serrant très fort, et ça a duré un bon moment, jusqu'à ce qu'ils soient partis... Et finalement son mec revient, en se tenant la tête entre les mains, l'air de celui qui a un peu dérouillé... En fait il avait eu une embrouille à l'intérieur, il s'était pris des coups mais rien de grave, il était même content, il nous dit : «Finalement j'ai quand même eu mon shit, regardez tout ce qu'ils m'ont filé pour 30 €, c'est cool, hein ?»

3436d25ed8732f2425bfc6871e6875d0.jpg


M.- Dans mon immeuble il y a une fille, je te promets elle est belle ! elle habite le bâtiment d'en face, je connaissais ses parents son père sa mère - enfin je connaissais, bonjour-bonsoir quoi - Un soir je rentre chez moi, elle était dans le hall en train de chialer... Bon j'étais bourré, je fais pas trop attention, je rentre chez moi quoi, et voilà qu'elle me suit jusque dans mon appart'. Alors avant d'entrer je lui dis : «Bon mais qu'est-ce que tu veux ?»
Et elle, elle me tend sa bague, une bague de sa mère superbe, qui vaut au moins 2000 € je te jure, et elle me demande 100 €, 100 € tu te rends compte, pour une bague qu'elle venait de voler à sa mère ! Sa mère voulait pas lui donner d'argent pour se payer sa came, alors voilà... J'aurais pu en profiter mais tu penses, une fille que j'ai connue grande comme ça... Alors j'ai téléphoné à sa mère, je lui explique ce qui se passe, elle me dit : «Est-ce que vous pouvez la tenir jusqu'à ce que j'arrive ?» Moi : pas de problème, je lui donne le code, elle arrive 5 minutes après, et tu sais ce qui s'est passé ? Tout simplement la fille a redonné la bague, la mère lui a filé 100 € et la fille est partie aussitôt...

b594d32b2673cbd943ff9f6df2bd2cf6.jpg

10/07/2007

Mooncatcher story

R. - L'autre jour j'étais au Mooncatcher, et je vois arriver un mec, une armoire à glace, l'air mauvais, totalement défoncé, hirsute, le mec visiblement prêt à se castagner avec tout le monde. Un Coyote ! Le gars prend une bière, autour tout le monde flippe, personne le regarde dans les yeux, sauf moi, j'en ai vu d'autres... Y m'dit :
- C'est bien, toi t'es un homme au moins, pas comme toutes ces tafioles. Tu prends quoi ? Je t'invite.
Et là il me raconte qu'il sort de zonzon et qu'il a pas peur d'y retourner. Pour un Coyote la taule c'est un peu comme pour toi aller à la Sécu : un moment chiant auquel tu peux pas couper, c'est tout. Et pour payer il sort une liasse de billets, probablement faux. La serveuse refuse, prétextant qu'elle n'a pas la monnaie sur un gros billet. Il menace de lui exploser la tête. Je calme le jeu, paye pour lui. La fille refuse de le servir, d'ailleurs il est bientôt deux heures, on va fermer. Le Coyote me dit son nom, c'est un Gitan, il a tout son arbre généalogique tatoué, jusqu'aux noms des petits cousins sur les bras. C'est une famille connue, ils vivent dans une grande baraque où les flics n'entrent jamais. Par contre, ils ont déjà trouvé des corps pas très loin...
Bref, on sort du bar à deux heures, le Coyote a la dalle, on va chez le Noiche d'à côté, l'autre ressort ses biftons douteux, le Chinois reste impassible, dit juste :
- Non.
Le Coyote sort son couteau, le Chinois toujours très calme le vire en le tenant par le col en disant :
- Non-non.
Finalement on trouve un kebab ouvert, et le gars accepte de nous servir gratos une barquette de frites au ketchup à condition qu'on se casse tout de suite. On se requinque en descendant les frites sur le boulevard, le Coyote veut encore faire la fête, il me propose de l'accompagner Place Démocratique où se trouve un de ses potes proxos qui lui doit du fric...
Mais moi je me suis dit que j'avais la chance d'être encore intact, j'ai préféré en rester là.

19/06/2007

Best regards from la Croisette (IC5)

- Oh mais que tu es belle : je ne t'avais pas reconnue !

- On était à la fête Wild Crunch, c'était total délire, il y avait des filles dans la piscine qu'on pouvait attraper avec des cannes à pêche ! Des gogo-dancers à poil ! Et la musique était géniale.

- On est rentrés à 7 heures du mat', le temps de me doucher et de prendre un café je suis allée voir le Sokourov à la séance de 8h30, et là évidemment je me suis endormie tout de suite... A un moment mon portable a sonné - j'avais mis le réveil à 9h pour la séance de 11h - le temps que je réalise ce qui se passe et que je réagisse, il a bien eu le temps de sonner 3 fois, putain la honte ! Après j'ai enchaîné sur le Soderbergh, pareil j'ai dormi tout du long.

- C'est décidé, ce soir je roule une pelle au premier venu.

- Mais nan je veux pas qu'on ne me traite de «poof-in-the-ass », je suis pas une poof-in-the-ass !!!

Tout à coup d'un balcon en haut du Hilton une sorte de playmate au rire suraigu lance des plumes à pleines brassées.

Businessmen bedonnants qui fument le cigare (oui, ça existe encore).


- Oh tu parles, y avait Lelouch, Bernard Menez, des types du conseil général, de la télé...

Un cinéphile suisse
- Vous autres Français, vous êtes en compétition permanente, surtout dans la conversation.

Un producteur déprimé
- En fait je déteste Cannes... Ici vraiment, tu comprends pourquoi on dit : « faire son cinéma », « arrête ton cinéma »... Sont tous comme des gosses capricieux... « J'ai fait ci, j'ai fait ça... Gnagnagna, mon film, mon rôle...» J'ai envie de rentrer, tout boucler et me tirer... N'importe où, en Chine... J'ai fait ça une fois, je suis parti à San Francisco, je pensais y passer 3 mois, je suis resté 2 ans...

Une repéreuse (=chargée des repérages)

- Lui ? C'est un caractériel, sur les tournages il est tout simplement odieux. Mais le pire que j'ai vu c'est Breillat : elle est carrément sadique, elle engueule un troisième assistant à dix mètres, que toute l'équipe en profite. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle déteste les femmes, toutes des rivales ou je sais pas... Sinon j'ai aussi vu la Bruni-Tedeschi cracher à la figure d'un assistant...

- Il paraît qu'Amalric a honte du film.

Caméramen trimballant leur matos.

Groupe d'asiatiques en costard.

Les femmes-panthères. Toujours là. Mère et fille à l'affût de toutes les invitations.

Jeunes couples sexy. Vieux couples chic. Existent aussi en version mixte : vieux chic + jeune sexy

Un gamin énorme, affreux, modèle 12 ans mais format XXL : Michael Moore, suivi de deux gardes du corps.

Une dame toute desséchée, blonde, les yeux bleus sur sa peau cuivrée, dans une robe bleu pâle ultramoulante, le fantôme du sex-appeal.

Trois cannoises overmaquillées

- C'est comme ce jeune type avec son badge, il était là : - Mais qu'est-ce qu'ils veulent tous ces cons-là ? - Je lui ai dit : Monsieur c'est le public, et c'est grâce à lui que le cinéma est possible, c'est lui qui vous nourrit monsieur - Enfin, ça et les impôts ! - Mais les impôts c'est nous ! - Je regrette un peu le temps où c'était pas la cohue comme maintenant - Ah oui, les années Grace Kelly, c'était tellement plus... - Moi j'ai été prise en photo à côté de Sofia Loren... ( et disant cela, elle se caresse coquettement les cheveux)

Sophie Marceau, à propos des deux finalistes de la présidentielle
- J'aimerais bien qu'ils se marient et fassent un enfant ensemble, ils représentent bien la France, je trouve.

Un critique exceptionnellement acteur

- Ce que je pense du film ? Eh bien c'est justement le seul film sur lequel je peux me permettre de n'avoir aucun avis, de ne rien en penser.

Un comédien plein d'avenir

- Je suis la preuve vivante qu'il faut coucher pour réussir.
- Oui mais ça encore c'est pas grave, ce qui est chiant maintenant c'est qu'il faut réussir pour coucher.

Hanna Schygulla
- Nous étions encore post-brechtiens, on voulait rendre la réalité légèrement étrange, empêcher l'identification totale. Maintenant, pour les jeunes, la question est de trouver sa place.

Un vigile à Wong Kar Waï
- Eh toi là, tu vas où ? T'as ton carton d'invitation ?

Une distributrice de
free hugs
- Je vous propose un câlin gratuit, vous n'allez pas refuser quand même ?

Un super-héros en costume vert-pomme et cape bleu ciel ; si on regarde ses yeux, il n'a pas l'air commode.

Une brochette de pin-up publicitaires
(mais qui se les tape ?)

Photographes à la sauvette (10 € la photo)

Musiciens divers (accordéon, saxophone...)

Lycéens rigolards, lascars et cagoles

Une sorte de vahiné aux lunettes fumées distribue d'un sac en osier tenu par des bretelles de plumes (encore des plumes) des badges
Touche pas à mon pote.

Un gros noir, tendant un bloc et un stylo
- Signez ici ! C'est pour empêcher l'excision des petites filles en Afrique !

Un petit train fait le tour, promenant les touristes, portant haut la réclame :
N°1 de la Connaissance de Soi : Dianétique, le livre.

(Pancarte d'un dresseur d'animaux en costume Louis XV, après un avertissement comme quoi ses animaux sont bien traités)
- Je ne suis pas un vagabond ni un mendiant, mais un artiste ! Admirez, applaudissez ou passez votre chemin.

06/03/2007

et maintenant un petit peu de n'importe quoi

medium_andnow....jpg


Hou là là mes stats qui dégringolent ! Déjà que c'était pas bien brillant... Allez vite, un post, n'importe quoi. Un truc spontané, tiens, pour changer. Bon, l'écriture automatique c'est de la foutaise, ceci dit... Il suffit de voir les manuscrits des Champs magnétiques, il y a des ratures, et encore ils avaient sûrement fait des brouillons, les Soupault-Breton... Oh et puis la culture, quelle barbe... Excusez le ton, mais je suis dans Céline en ce moment - je parle de l'écrivain, espèces d'esprits mal placés - je suis assez perméable, c'est mon côté spongieux, je fais pas vraiment exprès... Bon bref ! Mais si j'ai laissé le blog en jachère, c'est que j'étais en vacances, j'aurais dû prévenir : "retour début mars". Parti faire du ski pour tout dire... Le matin on se trouve un peu clownesque, ou mime Marceau, comme une vieille tapiole : le visage crémé de blanc, avec un collant ridicule, de grosses chaussettes vertes, il manque plus que les bretelles... Ensuite, avec les chaussures et tout l'attirail, on se sent plutôt cosmonaute... Mais après, vous me verriez sur les pistes : le vrai franchouille, dans toute son arrogance crasse. Genre grosse frime sur les pistes bleues, godillant impeccable... Les rouges bon ça va encore, on reste présentable... Mais alors dans les noires, woups ! on fait moins le fier à creuser les grandes bosses et déraper, les skis écartés, et puis hop, tout schuss et c'est reparti pour la frime... Le soir : télé, tiens ça faisait longtemps... L'autre godiche et son pacte "gagnant-gagnant"... Et puis alors Jean-Luc Delarue : au milieu de l'émission, coupure pub : un spot pour Voici qui fait sa une sur le scandale Jean-Luc Delarue - paraît qu'il a pété une durite dans un avion, mordu un steward, fini le vol menotté à son siège, gardé à vue - ensuite l'émission reprend avec Delarue, imperturbable... C'est quand même curieux, la télé... Qu'il s'agisse du débat participatif confrontant la candidate à un panel de français, ou de Delarue avec ses reportages et témoignages au coeur du quotidien des vrais gens, ou même du JT, on voit revenir tout le temps la même histoire : un individu méritant, en butte à un vice du système, se retrouve menacé d'exclusion - mais jusqu'au bout il garde sa dignité, soutenu par ses proches, qui eux le comprennent, etc. - Telle semble être la fable du moment... Les Césars j'en parle même pas, c'est bien entendu le film le plus nul de l'année qui a raflé le jackpot. Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perpétuels.

Toutes les notes