05/05/2008

Processus

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30/06/2007

Qu'avez-vous fait de la gay pride ?

Maintenant que la gay pride est une marque déposée, tous droits réservés, l'évènement qui en tient lieu - la marche des fiertés gay, lesbienne, trans et bi - prend la forme d'un défilé très officiel de sponsors, catégories et corporations, avec délégations homos d'HEC et d'Air France, de l'UMP et des socialistes, des pompiers et des flics...
Hélas ! Voyez ces photos prises à Paris il y a dix ans : la gay pride alors, c'était surtout ça - pas tellement la démonstration en force d'un lobby tentaculaire, mais l’affirmation joyeuse d’une multitude de fantaisies singulières.

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06/06/2007

Impressions cannoises, 1

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Bien sûr on ne voit pas ce Cannes-là, nonchalant et clairsemé,

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ni le Cannes sépia des sixties, celui des acteurs en goguette chic,

des Italiennes en robes d'été et des starlettes en bikini,

magnifié par la voix mélancolique de François Chalais... 

 

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Plages désormais privées...

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D'ici la vue a disparu : à la place se trouve

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le Bunkerpalais des festivals.

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- Alors, tavuki ? Bah, les stars US préfèrent depuis longtemps aux grands hôtels de la Croisette leurs croiseurs de croisière au large de Cannes ou loger dans les villas cossues du Cap d'Antibes et des hauteurs de la route de Grasse

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et mener par là le même style de journée qu'à Hollywood, qui commence et finit par une balade dans une grande voiture silencieuse

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longeant les palmiers...

06/10/2006

Histoires d'yeux

Conseils à un blogueur novice :
1)évite les annonces intempestives, tu t'exposes à la déception.
2)ne tarde pas trop pour écrire ton billet, de peur que ne t'échappe totalement l'envie de le faire.
3)n'accumule pas trop de notes préparatoires, au risque d'avoir travaillé en vain.

Bon, je le sors quand même du frigo, mon billet sur l'Etrange Festival, avant de passer à autre chose. Pour la version critique, voyez sur le site de Plume Noire... Enfin, quand le webmestre voudra bien finir la mise en ligne - quelque part ça me rassure de voir quelqu'un d'encore plus retardataire.

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Or donc, qu'allais-je chercher à l'Etrange Festival ? Le kitsch ne m'intéresse pas, et les spectateurs qui viennent pour ricaner d'un film - on en croise dans ce genre d'événement - me semblent entre tous méprisables. Mais j'ai toujours aimé le bizarre, les promesses initiatiques, les films fêlés, les films malades, ceux qui ont la forme des rêves et ceux qui flirtent avec la folie, qui suivent la voie du rêve et l'appel de l'inconnu. Je bazarde sans hésiter toutes les théories et tous les principes esthétiques ou moraux pour célébrer ces films qui m'ont marqué à jamais, comme Freaks, L'Atalante, L'Heure du loup, Caligari, Shock Corridor, La Momie (d'Abdelsalem), Haxan, Pi, Nosferatu, Le Collier perdu de la colombe, El Topo, Apocalypse Now, Solaris, Le Bunker de la dernière rafale, La Nuit du chasseur, Shining, Amarcord, La Jetée, Cannibal Holocaust, Signs and Wonders, Audition, Eraserhead, Belle de jour, L'Homme qui venait d'ailleurs, etc.
Bien sûr, la plupart de ces films-là sont trop célèbres pour être programmés à l'Etrange Festival. C'est toujours comme ça avec les chefs d'oeuvre, on finit par les appeler des classiques, comme pour les neutraliser.

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Ici donc, nous verrons des films étranges, mais rares. Tel est le cap. Et attention, on s'adresse à des connaisseurs. Les notices du programme fourmillent de références inaccessibles au commun des mortels, comme : "Un des fleurons de l'âge d'or du "Pinku violence eiga" avec une surprise en provenance du cinéma-bis européen : l'apparition de Christina Lindberg - la vedette dénudée de Les Impures de Torgny Wickman - aux côtés de la sabreuse Reiko Ike, déjà starifiée par la série norifumienne des Girl Boss." Personnellement, je n'ai vu qu'un seul de ces érotiques incunables, Le Couvent de la bête sacrée de Suzuki. C'est un nanar à l'esthétique giallo, dont la portée didactique (le catholicisme expliqué aux Japonais) s'estompe dans un bouquet de fantasmes : des nonnes lubriques se gougnotent dans les herbes hautes, s'empiffrent de saucisses et se flagellent avec des roses. Il y a aussi une scène de viol traitée sur le mode burlesque, les violeurs ayant eux-mêmes adopté le dress-code conventuel. Le méchant est une sorte de guru sadien, dont la quête du mal n'est que la recherche désespérée d'un Dieu absent, après le traumatisme de Nagasaki.

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Plus m'intéressait a priori la thématique autour de Salvador Dali. Il y a de belles archives dans Dali Cinéma : le père de Dali, honorable notaire mangeant des oursins - Avida Dollar peignant pour Hitchcock les colonies oculaires de Spellbound - les croquis d'Harpo Marx, dans la pupille de qui Dali vit "la même lueur que dans les yeux de Picasso" - Dali et la Dentellière de Vermeer : il copie le tableau au Louvre, s'aperçoit que l'aiguille est invisible mais trouve et dessine la forme d'une corne de rhinocéros, il va au zoo de Vincennes et finit le tableau devant un véritable rhinocéros. Ensuite il fait donner à l'animal un pot de peinture et des feuilles à dessin que le rhinocéros piétine et esquinte de ses sabots ongulés trempés dans la peinture, Dali co-signe le tableau, après quoi il court pourfendre, avec une lance, un immense poster du tableau de Vermeer, et revient saluer en Don Quichotte.

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A la séance de Babaouo (scénario écrit par Dali en 1932, réalisé 66 ans plus tard) nous n'étions dans la salle que 3 pelés et un hippie, dommage pour Manuel Cusso-Ferrer qui s'était déplacé d'Espagne pour présenter son film. Il faut dire qu'à la même heure, l'autre salle était archi-comble, certains spectateurs durent même s'asseoir par terre pour voir Le pensionnat des jeunes filles perverses.
"Je crois que la vie est plus surréaliste que le plus surréaliste des films", déclara Cusso-Ferrer en préambule, puis il énonça quelques avertissements :
1) "Babaouo est un film qui réclame une participation active des spectateurs" ;
2)"je pense que Un chien andalou est plus un film de Dali, et L'âge d'or plus un film de Bunuel" ;
3) "mon intention pour ce film était de trouver l'inconscient optique dalinien" - cette notion d'inconscient optique est empruntée à Wittgenstein, précisa-t-il, j'ai voulu vérifier sur le Net, elle était attribuée à Walter Benjamin, mais il faudrait vérifier dans le livre de Rosalind Krauss... Se souvenir que Dali était allé rendre visite à Freud, il le raconte dans sa dernière lettre à Breton, en 1939 : "«...il a remarqué (je lui montrais un tableau de moi), que dans la peinture des anciens on a tout de suite tendance à chercher l’inconscient, tandis que quand on regarde un tableau surréaliste on a tout de suite l’esprit porté à chercher le conscient. » - dans une version plus tardive Freud aurait dit : "Dans une peinture classique, je cherche le subconscient ; dans une peinture surréaliste, je ne trouve que du conscient."
4)"la critique qui oppose le cinéma-poésie au cinéma narratif est dans une impasse - avec Babaouo on est plutôt dans le cinéma poétique, contre le chaos du monde" - mais le narratif, c'est peut-être justement ce qui manque à Babaouo.
En complément de programme :Destino, 7 minutes de projection de Dali dans l'univers graphique de Disney, avec des décors de Cent Alantar.

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Dali apparaît aussi dans un plan du film de Frédéric Rossif Aussi loin que l'amour, dans une fête où joue Memphis Slim. Le film raconte une idylle au milieu des oiseaux, entre un jeune ornithologue, Duchaussoy, blond - et une coiffeuse, Francine Racette. Dans un bar (tenu par Rufus dans un numéro assez bourvilesque) , Barbara chante la Solitude. Les amants visitent une ruine cathare, font des rencontres insolites, Chabrol plantant des panneaux nihilistes, Suzanne Flon et ses perroquets - c'est très ancré dans la mode du temps (1970) : pop fiction, ralentis romantiques, utopie mystico-politique, etc. Documentaire en cela.

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"L'oeil est un appareil photographique mou", disait Dali. Rien à voir avec l'über-sexuel Scorpio Rising, film fétichiste et blasphématoire de Kenneth Anger construit sur le rythme d'un coït, tout en accélération.

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Vitesse sereine : "Elle est tellement emphatiquement unique et complète dans son exploration des divers ironies et des niveaux multiples de son langage figuré qu'elle laisse à un assommés. Au moment même où vous avez soldé le compte dans une interprétation visuelle d'un-cannelure de l'espace donné que vous regardez, Gehr transforme cet espace de telle manière que votre conscience d'elle devienne quelque chose entièrement différente." - (Bob Cowan, Prise Une, 1974) - "un 'couloir de choc 'littéral où Gehr crée un mouvement frontal renversant en décalant systématiquement des longueurs focales sur un objectif de bourdonnement statique pendant qu'il regarde fixement en bas du centre d'un vestibule vide et modernistique. Sans devoir jamais déplacer l'appareil-photo, Gehr transforme la géométrie fluorescente de son couloir institutionnel en sorte de mandala piston-actionné. Si Giotto avait fait des films d'action, ils auraient été ceux-ci. (J.Hoberman, Village Voice)".

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Serene Velocity et Wavelength : "Deux classiques minimalistes de la fin des années 60. On vantait alors leur originalité mais je me souviens surtout d'eux pour leur incomparable habileté à nous faire pénétrer dans une "zone de calme" dont très peu de films nous ouvrent les portes. Les films étranges le sont souvent par leurs excès ; il est difficile d'en trouver qui le soient par leur retenue." (Paul Schrader)

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Enfin, ma dernière séance était choisie et présentée par une sorte de diva, Diamanda Galàs : Les Yeux sans visage de Franju précédé de The Act of seeing with one's own eyes de Stan Brakhage. La force du film de Franju est de ne rien devoir à personne, dans une autre veine que l'américaine ou l'italienne - Un conte psychanalytique entre précision clinique et expressionnisme, sobriété et suggestion, adapté de Boileau-Narcejac. Sublime noir et blanc d'Eugen Schüfftan (à qui l'on doit l'image de Metropolis, Quai des Brumes, Drôle de drame, et le Napoléon de Gance). Aussi étrange avec que sans masque, Edith Scob est extraordinaire, troublante vierge qui finit par se révolter contre l'acharnement que son père chirurgien emploie par amour pour elle, pour tenter de la rendre normale.

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Le chaînon manquant entre le film de Brakhage et Les Yeux sans visage, c'est le documentaire sur les abattoirs réalisé par Franju, Le sang des bêtes. Franju disait qu'il aurait été détestable de le filmer en couleurs. The Act est en couleurs. La mort est pleine de nuances. Certains spectateurs n'ont pas supporté. « Stan Brakhage est entré avec sa caméra dans l'un des lieux interdits, terrifiants, de notre culture : la salle d'autopsie. C'est un endroit où la vie est vénérée, puisqu'il existe pour affirmer qu'aucun de nous ne doit mourir sans que l'on sache pourquoi. C'est le lieu d'intimités fascinantes, la dernière douve de l'individuation. » (Hollis Frampton)

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A Bonne Nouvelle, l'arrêt de bus de l'Etrange Festival, quelqu'un a déchiré l'affiche du film Jugez-moi coupable pour n'en laisser que le titre visible, et a écrit dessous : "Je suis SDF et sans humour".

15/09/2006

Un étrange festival

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(Patience...)

1) Edith Scob dans Les Yeux sans visage
2-3)Yumi Takigawa dans Le Couvent de la Bête sacrée
4)Babaouo de Manuel Cusso-Ferrer
5)Destino (Dali + Disney)
6)Scorpio Rising de Kenneth Anger
7)Wavelength de Michael Snow
8)Serene Velocity de Ernie Gehr
9)Pierre Brasseur et Alida Valli dans Les Yeux sans visage
10)The Act of seeing with one's own eyes de Stan Brakhage

25/05/2006

Π 5 : Des mains et des couleurs

 













 

 








 











 

Je redoublais ma troisième quand arriva sur les revers de vestes la petite main jaune de touche pas à mon pote - Signe de la paix possiblement bouddhiste ou version édulcorée de la main de Fatima - comme cette main bleue en éventail de Tozeur, d'où venait la grand-mère de mon grand-père - Au lycée le clan frontiste avait son badge aussi, une flamme tricolore - touche pas à mon peuple - Il y avait un type qui portait les deux insignes côte à côte sur son manteau –
SOS Racisme parrainait des fêtes - Au printemps 88 croyant aller à un concert je me retrouvai là dans un de ces woodstocks en solde - Merguez-frites et musique plurielle, le cul sur la pelouse – je vis se succéder plusieurs numéros de rabattage électoral – Rarement j’ai vu foule si stupidement prévisible, huant et applaudissant les noms de politiques qu’on lui jetait comme une baballe – Houuu et Ouaiiis – Sur scène c’était de plus en plus star – Après Yves Simon et d'autres ringards, Guy Bedos intervint et dit : «Je préfère la main tendue de François Mitterrand à Bernard Stasi plutôt que la croupe offerte de Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen !» - Jane Birkin, représentant sans doute l’étrangère, lança, désarmante : «Je suis venoue pasque j’ai si peur !» - Une rumeur courait dans le public : « Il paraît qu’Il va venir ! – Non ? – Si si…» - Un hélicoptère survola la fête et fit descendre sur les tréteaux ex machina le président-candidat Mitterrand en personne – Acclamation triomphale - Il prononça une phrase, peut-être deux, quelque chose comme : «Je préfère les cris de joie que j’entends ici aux cris de haine qui se profèrent ailleurs !» - et repartit aussi sec - Un autre soir, un vrai concert cette fois, je croisai dans la foule le ministre de la culture – le visage grêlé, entouré de petites frappes en blouson de cuir désabusé, le sosie raté de Keith Richards - Guignols ils l’étaient déjà, notre noblesse média – On a encore deux noblesses, disait Régis Debray, la noblesse d’état et la noblesse d’écran -
Quelques années plus tard, j’ai lu le livre de Serge Malik Histoire secrète de SOS Racisme - Malik avait assisté à la fondation de l’association anti-discriminatoire et révélait le dessous des cartes : SOS n’était rien d’autre qu’une petite machine électorale destinée à faire grimper par Julien Dray les échelons du PS - attestant sa capacité à récolter les suffrages de la jeunesse - permanences démocratiquement aux ordres– confiscation de la parole, notamment celle du mouvement beur issu de la marche pour l’égalité – articles fournis clés en main à la presse pour chaque fait divers estampillé raciste – tribune juteuse pour les grandes têtes pensantes et les grandes gueules rassurantes -
Un autre point de vue sur la question se trouve dans le journal de Nabe : c’est en criant «SOS Racisme !» que Georges-Marc flanqua un coup de poing dans les lunettes de Marc-Edouard à la sortie du plateau d’Apostrophes, tandis que Bernard-Henri attendait dans la voiture – Version farce de l’histoire, souvent méconnue, d’une autre ligue de vertu –
Le 25 mai 1926, Samuel Schwartzbard tue à Paris l’Ataman Général Petlioura, co-fondateur du parti travailliste ukrainien en exil - tenu pour responsable de pogroms - Le chroniqueur Bernard Lecache suit le procès et organise une campagne d’opinion - Le 26 octobre 1927, Schwartzbard est acquitté - Lecache fonde la LICA qu’il préside jusqu’en 1968 (le R a été ajouté plus tard ) – la fameuse ligue bien-pensante a donc été fondée pour légitimer un meurtre, le meurtre d’une crapule peut-être, mais la vengeance exécutée de sang-froid sur un exilé qui n’a pas eu, lui, droit à son procès -
Les militants fonctionnent par antagonisme, au besoin ils façonnent eux-mêmes leur ennemi - En 1979 la revue écologiste Le Pont à propos d’une enquête sur le militantisme, remarquait : «Ce besoin de matérialiser l’ennemi hors de soi est très suspect – Si les intellectuels de gauche commençaient à reconnaître et à aimer le fasciste qui dort en eux, ils comprendraient un peu mieux le monde» - J'en ai croisé des militants, des petits soldats sincères et obéissants, des syndicalistes à bretelles, une frappée du parti des travailleurs qui récitait son catéchisme révolutionnaire sans écouter jamais un autre discours, plusieurs types à casquette qui aimaient bien le dimanche après-midi marcher dans la foule, leur sifflet ou leur corne de brume à la main – Certains se réclamaient d’un apprenti-dictateur raté, Trotsky – Ou évitaient de s'en réclamer et allaient chanter sous d'autres bannières, réorientaient leurs objectifs, continuaient d'appliquer les méthodes, sombres entristes - d'abord je me place, après on verra - et de porter en t-shirt l’effigie d’Ernesto Guevara – Savaient-ils que leur Che avait organisé les camps de travail forcé en Bolivie ? –
Un militant PS m’a un jour prêté une brochure argumentaire - à chacune des critiques le PS invariablement répondait en substance : «Nous n'avons pas rien fait, nous avons monté une commission qui a débloqué telle forte somme pour traiter le dossier de ce problème »-
Romain Gary signale dans La nuit sera calme que le sigle du PS - le poing serré sur une rose – suppose des épines qui s’enfoncent dans le creux de la paume – main sanglante du socialisme – opérations les mains sales – sartriens libérationnistes - main noire altermessianique – La main noire, l’un des petits noms de la mafia - Fantasme gauchiste du gang, de la lutte armée - mourir les armes à la main – Ou alors le poing serré des Panthers, de l’Anarchist Black Cross – mouvement d’abolition des prisons – arrachant un fil barbelé – pour faire évader Georges Jackson et les frères de Soledad – La paix vient après la victoire, que tripotent les doigts des deux Amériques -
Dix ans après 68, une brochure de la Fraction Armée Rouge constatait - «Nous avons sous-estimé la fallacieuse fascination qu’exerce l’illégalité - Nous avons surestimé le sérieux et le fair-play avec lesquels travaillent certaines organisations - Cela signifie que nous n’avons pas considéré toutes les implications du mouvement étudiant comme relevant d’un mouvement de gens relativement privilégiés - nous n’avons pas suffisamment pris garde au fait que, pour un grand nombre, il n’est resté de la politisation des années 67/68 qu’une nouvelle possibilité de se placer parmi les privilégiés».

20/02/2006

Benoît Delbecq


"On n'invente rien... Je n'ai pas inventé le piano préparé, ni la polymétrie ; la seule chose inventée, ce sont des assemblages de notes qui se succèdent, qui se trouvent être les miennes, enfin qui viennent de mon fait. Mais les concepts mêmes viennent d'ailleurs..."

(Ce soir sur France-Musiques, dans l'émission A l"improviste en duo avec Didier Petit)

15/02/2006

Caricatures

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Les Grecs ont eu la sagesse de se moquer de leurs dieux, et par là, d’eux-mêmes. Un grand bordel métamorphique, l’Olympe. Ils n’ont pas épargné non plus leurs héros : Héraklès, bâtard de Zeus, l’homme aux douze travaux finit esclave sexuel, travesti en soubrette pour Omphale. Les maîtres à penser d’Athènes, Socrate à jamais croqué dans son panier suspendu, les philosophes du XVIIIe et les gourous du XXe ont eu leur tarte à la crème - mais Vian et Jean-Sol Partre étaient amis, comme Aristophane et Socrate, si l’on en croit le Banquet.
La caricature a sa rhétorique. Ses procédés sont ceux de la mythologie, dont elle est une parodie. Par exemple, la métamorphose animale. Un graffiti vengeur sur le Palais des Césars représente le Christ cul nu avec une tête d’âne. Sur tel manuscrit médiéval, le clergé est une assemblée de singes. Mille gargouilles nous tirent la langue. Mais la caricature est surtout une arme politique, et son terrain de prédilection est la presse d'opinion. Une grosse tête sur un corps rétréci placé dans des postures triviales, obscènes ou sanguinaires. On identifie le personnage à quelques signes : profil, parapluie, couvre-chef... Il peut s’agir d’un puissant (une poire avec une merde sur la tête : Louis-Philippe par Daumier), d’une caste (les militaires de Grosz) ou de tout un peuple, comme dans ce comparatif entre la liberté française (de crever de faim) et l’esclavage anglais (de se goinfrer) établi par un anglais, Gillray. A quoi répond la vision croquée par un français (Jean Veber) de l’« impudique Albion » : le roi Edouard VII chiant sa moustache par la bouche. En général la caricature exprime le dégoût (Steadman), la pitié (Grandjouan), sinon la frayeur (Steinlen) que le bonhomme inspire. Mais l’ironie est souvent plus efficace que la hargne, et le portrait de Trotsky brossé par un Rivera en pâmoison m'amuse plus que le pathétique général de Willem accoudé sur ses béquilles SS. Les caricaturistes quelquefois deviennent sinistres (Cabu). Certains lâchent le métier, comme Gustave Jossot, l’un des traits les plus cinglants de l’Assiette au beurre, celui-là même qui s’était payé la fiole de Verlaine en une du spécial Poivrots, avait raillé les fidèles qui lèchent les pieds du Pape, etc. Jossot ensuite se retira en Tunisie, et se convertit à l’Islam sous le nom d’Abd Al-Karîm Jossot. Et c’est ainsi qu’Allah est miséricordieux.

12/02/2006

Genèse astrophysique

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I
Une perle d'univers émerge du chaos, saisie de démesure

Elle engendre le temps, l'espace et l'énergie

II
L'espace se dilate, le temps s'écoule, l'énergie se matérialise

La matière naît avec son double, l'antimatière

III
Matière et antimatière s'annihilent mutuellement

L'annihilation laisse subsister un léger excès de matière : protons, neutrons, et électrons

IV
Les neutrons s'unissent aux protons pour engendrer l'hélium

V
Protons et électrons se lient

L'univers devient transparent à sa propre lumière

VI
Les étoiles se forment et transforment les éléments simples en éléments complexes

VII
Le soleil apparaît et s'entoure de planètes

VIII
Sur une de ces planètes émergent la vie et la conscience

IX
La matière qui pense se penche sur son passé de matière inerte, stellaire et nuageuse, alors que les expansions emportent au loin les autres îles d'univers.



Michel Cassé ("L'astrophysique réécrit la genèse en termes matérialistes", Théories du ciel, 23, Payot.)

28/12/2005

Politicanalyse, 4 : coquille géopolitique

Changement d’année et de job, et mon blog vu à un moment comme une coquille vide… Est-ce que je retrouverai le rythme ? Plus on attend, plus c’est difficile à reprendre.
Le seule question politique qui compte n’est pas de savoir qui prendra la place du grand Schtroumpf, mais : « où trouver ma place ? » L’individu face au groupe. La seule expérience politique possible est affaire de rencontres.
La société est un mythe, encore une fausse transcendance. Je ne vois que des communautés, où chacun cherche son intérêt.
D’après ce que j’ai compris la politique commence par des poignées de mains, des échanges passés dans les salons, les cours, les assemblées, instances et institutions. Le pouvoir s’exerce de manière concentrique grâce à un système de représentativité segmenté qui opère une sélection depuis l’école. Du village à la salle d’état-major de l’ubique Dr Strangelove, l’organisation ne change que d’échelle : village («colonie naturelle de la famille», dit Aristote), ville (fille du commerce), département, région, et puis l’Etat, «association en vue du bien», et au-dessus quoi encore ? l’Europe ? L'En-pire ? Tout ça traversé par la danse du pouvoir. En termes géopolitiques, des histoires de guerres et de business… Combats et alliances, partage et conflit, contrôle des territoires, actes pactes et traités, signatures et ruptures, massacre et ordre serré, pots cassés et dommages collatéraux, et finalement, des enfants au milieu des ruines.

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