31/07/2009

Dali et le cinéma

Pour saluer l'excellente semaine dalinienne de Maître Fromage+ et renchérir après sa déambulation sur les pas de notre cher Avida Dollar, voici un article publié jadis sur le site "Plume Noire" à l'occasion de l'Etrange Festival 2006 et consacré à Dali et le cinématographe (sujet déjà évoqué ici ) .

Un festival qui se proclame " étrange " devait bien un jour explorer les relations ambiguës que Salvador Dali a entretenues avec le cinéma. L'oeil, disait-il, est "un appareil photographique mou". Pour un artiste comme lui, préoccupé avant tout de peindre "l'irrationalité concrète", le cinéma pouvait apparaître comme l'outil idéal, le plus apte à retranscrire le monde du rêve et le fonctionnement de l'imaginaire.

Un documentaire tente de faire le point sur la question. Produit par la télévision catalane à l'occasion du centenaire du peintre, Cinéma Dali de Joseph Rovira est un 52 minutes très formaté, doté d'un commentaire paternaliste agaçant, mais il a le mérite de présenter un vaste choix d'archives : Dali et Bunuel, Dali à Hollywood, Dali et Disney, Dali réalisant chez lui de modestes home-movies aux trucages enfantins… Mais surtout, au-delà du septième art, Dali superstar médiatique. Qu'il organise d'extravagants dîners ou crée, pour un défilé de mode, d'importables costumes, il transforme chaque apparition publique en événement, selon son adage fameux : "L'important, c'est qu'on parle de moi, même en bien". On retiendra notamment le savoureux happening en quatre actes qu'il réalise autour de la confrontation entre la Dentellière de Vermeer et un rhinocéros de Vincennes.
.. Mais Dali n'est pas réductible à ce personnage.

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C'est avec un film, écrit par lui et réalisé par Luis Bunuel, que Salvador Dali est entré dans le groupe surréaliste. On pourrait même dire qu'il a suffi d'un seul plan, qui n'a rien perdu de son pouvoir de sidération : l'oeil tranché par un rasoir, au début d'Un Chien Andalou. Par un subtil jeu de raccords incohérents défiant la raison, mais orchestrés sur un tempo impeccable, le court métrage mettait en pièces les conventions narratives du cinéma. Il posait aussi quelques obsessions récurrentes de Dali : fourmis, piano, femme-objet, fétichisme et putréfaction.

Après Un chien andalou, L'âge d'or. Cette fois, Bunuel ne s'inspire que très vaguement du script de Dali et parfois même s'y oppose, en particulier sur la question du catholicisme, que Dali entendait célébrer et Bunuel pourfendre. A dire vrai ce film, qui fit scandale en son temps parce qu'il en attaquait les valeurs (mariage, famille, patrie...), n'est plus aujourd'hui qu'un fastidieux catalogue de poncifs surréalistes et de provocations désuètes.

A partir de là, les tentatives cinématographiques de Dali ressemblent souvent à des rendez-vous manqués : si celui-ci a tenté à maintes reprises d'insuffler son univers dans des films, il s'est heurté au système même du cinéma, à la pesanteur des conditions de production et à l'incompréhension des professionnels et du public.

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Ainsi, la séquence du rêve qu'il élabore pour Spellbound (La maison du docteur Edwards) d'Hitchcock : des 20 minutes initiales, le montage final gardera moins de 2 minutes et demie.

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D'autres projets ne verront le jour qu'après sa mort. Babaouo, scénario écrit par Dali en 1932 sera finalement réalisé par Manuel Cusso-Ferrer en 1998. Venu présenter le film à l'étrange festival, le réalisateur a expliqué que son intention était de "trouver l'inconscient optique dalinien". Ambition vaine, car Dali, en bon surréaliste, avait déjà fait ce travail de mettre à jour son propre inconscient dans son oeuvre. Aussi le film n'est-il qu'une adaptation fade, et pour tout dire scolaire, de son univers, alignant les motifs familiers (fourmis, cyclistes avec pain sur la tête, oeufs au plat, femme-objet, etc.) dans une fiction sans enjeu, un fastidieux bric-à-brac onirique. On peut lui opposer cet axiome de Bunuel : le réalisateur a tous les droits, sauf celui d'ennuyer le spectateur.

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Le cas de Destino est plus intéressant : issu de la rencontre et de l'amitié entre Salvador Dali et Walt Disney, ce dessin animé, élaboré en 1946 ne sera terminé qu'en 2003. C'est une brève séquence de 7 minutes, déployée sur une chanson d'Amando Dominguez : une ballerine évolue dans un décor mouvant, formes molles et organiques en métamorphoses successives, où l'on reconnaît la patte du maître catalan. C'est à la fois un tableau de Dali en mouvement et un ballet féerique typiquement disneyien, à rapprocher du fameux rêve éthylique de Dumbo et des chorégraphies de Fantasia. Ce caractère hybride fait le charme de Destino : c' est l'intersection posthume de deux univers singuliers, de deux créateurs qui s'estimaient, mais ne réussirent pas à se comprendre assez pour faire aboutir ce projet commun : pour Disney, c'était "la simple histoire d'une jeune fille à la recherche de l'amour" et pour Dali une "allégorie des problèmes de la vie dans le labyrinthe du temps".

Alors, Dali et le cinéma, une suite d'échecs et de projets avortés ? Ce n'est pas si simple. Certes l'artiste aimait décevoir, raffolait du ratage et cultivait le sabotage. Mais sa carrière cinématographique est finalement assez remarquable : elle couvre tout le spectre du possible, du muet à la télévision, de l'avant-garde révolutionnaire au mainstream hollywoodien en passant par le dessin animé. Dali y a occupé les fonctions de scénariste, décorateur, créateur de costumes, acteur, guest-star, jusqu'à devenir, à 72 ans, auteur-réalisateur-interprète d'Impressions de la Haute Mongolie.

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Il faut voir le seul film véritablement "de" Dali, co-réalisé par José Montes-Baquer. Impossible à résumer, le récit est à deux niveaux : une expédition scientifique à la recherche d'une mystérieuse "civilisation hallucinogène", et l'exploration par Dali lui-même de son propre cerveau. Esthétiquement, le film repose principalement sur deux procédés : l'image double (fréquemment utilisée par Dali dans ses tableaux) et l'emboîtement, en hommage avoué à Raymond Roussel et ses Impressions d'Afrique. Dès le prologue (Dali peignant Gala devant un miroir, première mise en abyme), on est pris dans un immense jeu d'analogies et d'images-gigognes, où une carte postale s'insère dans le visage de Hitler, une tête de lion renversée devient scarabée, un fragment de tableau vu de près recèle de formes insoupçonnées. Suit une séquence stupéfiante, dont l'image plonge dans l'abstraction : on aborde des terres mystérieuses, minutieusement déchiffrées par Dali en voix off, et finalement un zoom révèle que tout provient d'un stylo bille observé au microscope. Démonstration rigoureuse du célèbre principe de communication entre microcosme et macrocosme, dont Dali désamorce ensuite le sérieux.

Impressions de la Haute Mongolie révélait ainsi, tardivement, de quoi Dali cinéaste était capable : un film d'une beauté impure, à la lisière de l'expérimental et du canular, du mystique et du grotesque. Dali, ou le cinéma comme pouvoir infini de manipuler l'oeil du spectateur.

(C'est ici pour télécharger le film, et lire une intéressante interview, en anglais, de José Montes-Baquer...)

 

 

21/12/2007

Top twenty cinéma 2007

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1)Comète la plus éclatante de l’année : Entracte de Yann Gonzalez.

2)Dispositif le plus intéressant pour arracher la vérité à ses acteurs de l’année : La Sagrada Familia de Sebastián Campos.

3)Mélodrame germano-turc le plus classiquement petit-bourgeois de l’année : De l’autre côté de Fatih Akin.

4)Film le plus rock’n’roll avec suicide à la fin pour désespérer les jeunes de l’année : Control d’Anton Corbijn.

5)Film le plus violent, même que certains spectateurs ont applaudi le moment où le type met une baffe à sa femme, de l’année : Gegenüber de Jan Bonny.

6)Film qui par sa douceur ressemble le plus à un tableau de Vermeer de l’année : Françoise Lebrun, Les voies singulières d’Emmanuel Vernières.

7)Film le plus habile à ridiculiser le métier de gangster de l’année : Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin.

8)Film le plus convaincant pour prouver que les mecs ne servent à rien de l’année : Naissance des pieuvres de Céline Sciamma.

9)N’importe-quoi le plus rafraîchissant par son insolence de l’année : Prestige de la mort de Luc Moullet.

10)Merveille venue d’un pays lointain la plus énigmatique de l’année : Magnus de Kadri Kõusaar.

11)Film politique décrétant le plus fermement que, à part moi et ma famille, les autres c’est tous des cons de l’année : Persepolis de Marjane Satrapi.

12)Film de procès, mais sans sous-marin, le plus passionnant de l’année : L'avocat de la terreur de Barbet Schroeder.

13)Série télé la plus abominable de l’année : le Renard et la Cigogne dans Grenelle gagnant-gagnant.

14)Film français le plus nul, mais qui empochera plusieurs Césars, de l’année : Les chansons d’amour de Christophe Honoré.

15)Meilleur plan final, mais je ne vais pas vous le révéler, d'ailleurs le photogramme ne correspond pas du tout à ce moment du film, de l’année : L’homme qui marche d’Aurélia Georges

16)Clip avec le plus de skate-boards sur des musiques piquées à Fellini de l’année : Paranoid Park de Gus Van Sant.

17)Western raté le plus réussi de l’année : L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik.

18)Acteur avec qui j'échangerais le plus volontiers mon corps pour charmer les filles, mais le tatouage c'est juste une option ? de l’année : Viggo Mortensen dans Les promesses de l’ombre de David Cronenberg.

19)Actrice qui pourrait le plus facilement obtenir de moi absolument ce qu’elle veut de l’année : Asia Argento, surtout dans Une vieille maîtresse de Catherine Breillat.

20)Génie multifonctions du cinéma français dont vous avez eu le plus grand tort de négliger la rétrospective de l'année : Sacha Guitry pour l’ensemble de son œuvre.

28/08/2007

Le crépuscule des gangsters

Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin, vu à l'ouverture des Etats Généraux du Documentaire à Lussas.

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©Celluloid Dreams

(spoiler inside)
Imaginez qu’un parrain yakuza de passage en France vous propose de tourner un film sur lui et son gang. C’est ce qui est arrivé à Jean-Pierre Limosin, documentariste, déjà auteur de Tokyo Eyes et de portraits de Kitano, Cavalier et Kiarostami.
Pendant un an et demi, à l'ouest de Tokyo, Limosin suit la vie du gang Kumagai, avec l'incorporation de Naoki, 20 ans, poussé à l'école de la mafia sous la pression de sa propre mère. Il tourne «en pellicule, car je tiens à ce rituel solennel et désuet qui leur correspond» Young Yakuza. Le parti-pris était de ne jamais filmer aucune scène d'action violente, aucun acte délictueux, ce qui permet au film d'échapper à toutes les scènes attendues de fusillades, poursuites ou crimes, et par là à tout lyrisme - ni geste chevaleresque, ni virilité guerrière. Mais certains plans retrouvent les figures de ce cinéma-là : bureau en miroir où se reflète le visage du boss, déambulations urbaines à la démarche étudiée, déférence extrême des attitudes...

Film de commande, Young Yakuza repose sur un affrontement entre trois visions : celle de M.Kumagai, le boss ; celle du jeune Naoki, pas dupe ; et celle du réalisateur, pas du tout adepte des films de yakuzas, ni fasciné par ces gangsters à la gomme. L'initiation passe par un entraînement sévère, et un marquage - foisonnantes fresques que les jeunes recrues choisissent eux-mêmes de se tatouer - mais au quotidien c'est un service ultracodifié : tâches ménagères méticuleuses, courses, douche collective. L'essentiel se passe dans un espace étroit, sommairement préfabriqué. Dans son bureau exigu, M.Kumagai se livre à une défense et illustration de son métier, pose volontiers en homme d'honneur, mais il connaît mal ses hommes.

Loin de tout romantisme, Young Yakuza démystifie la condition de yakuza dans une société qui ne leur est guère favorable : même pas salariés, n'osant entrer dans une boutique à cause d'un autocollant à l'entrée Interdit aux organisations criminelles, réduits à accomplir des missions dérisoires (comme rechercher au fond d'un étang les lunettes d'un camarade), victimes de tracas judiciaires (être identifié par la justice comme yakuza dans une bagarre rend passible de prison , là où un quidam aurait récolté une simple amende), les jeunes membres du gang circulent comme des pantins burlesques aussi touchants que les mafieux essouflés de Ghost Dog. Quant à ce parrain désabusé, on le dirait promis à des guerres picrocholines. D'où un film aimablement optimiste, ce que souligne le rap enjoué des jeunes tokyoïtes du RGM : Motherfuckin' Tokyo !

16/06/2007

Pieuvres et mollusques (IC4)

Naissance des pieuvres de Céline Sciamma
Les Chansons d’amour de Christophe Honoré

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C'est un film d'action, dit la réalisatrice. Elle a raison. Céline Sciamma filme l'adolescence sans détour, et surtout sans nostalgie. Tout se joue au présent entre trois filles de 15 ans. Marie (Pauline Acquart) aime Anne (Louise Blachère), qui séduit François, que convoite Floriane (Adèle Haenel). Les adultes sont hors champ, ce qui n'exclut pas chantage, violence frontale, rapports de pouvoir entre copines. S'écraser la figure contre une vitre, se gonfler les joues avec de l'eau, écrire son adresse sur la main de l'amie, fétichiser les objets qu'elle a touchés, séduire et trahir, embrasser sur la bouche, sauver la mise, enterrer son soutien-gorge : autant d'actes qui s'inventent sur l'instant, dans l'impatience des désirs naissants.
La piscine ici n'est pas le lieu d'un jeu érotique et meurtrier comme chez Deray, ni d'inquiétude métaphysique comme chez Kieslowski, mais un lieu d'entraînement, qu'on peut entendre entertainment : la natation synchronisée, domaine exclusivement féminin où le corps est dressé et où le sourire doit masquer l'effort, est un premier palier du monde du spectacle, attirant et contraignant, avec ses coulisses (le vestiaire, espace d'impudeur et de désir) et ses mondanités (premières soirées, lieu du défi et accessoirement terrain de chasse au garçon). Les trois actrices sont excellentes. Un regard juste sur l'adolescence, ce temps des premières fois qui n'ont pas de lois.

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Parangon du cinéma français en circuit fermé, malade de lui-même en phase terminale, ivre de son mythe, prisonnier de ses références écrasantes (Truffaut, Godard, Eustache, pour surtout rien bouger), Les Chansons d’amour relève de l’embaumement cinéphilique.
Oh certes, le service est impeccable : éclairages soignés avec une nette prédilection pour le nocturne, mise en scène élégante, qualité d’écriture indéniable. Mais Christophe Honoré se fourvoie dans un paradoxe. Poussé dans sa dévotion pour la Nouvelle Vague à aligner compulsivement les plans de pure citation, il étouffe toute possibilité de retrouver la moindre étincelle de ses maîtres : la liberté, l’audace, la prise de risque, tout ce que se permettaient en leur temps les jeunes loups issus des Cahiers. Au lieu de ça, il choisit des acteurs au nom chargé d’histoire (Garrel, Mastroianni, Leprince-Ringuet : tellement prestigieux que les prénoms sont absents du générique) pour jouer de jeunes héritiers installés dans de beaux appartements du quartier Bastille. Ajoutez là-dessus quelques chansons molles pour plomber définitivement l’esthétique du film (100% bobo) et son rythme.
La première partie du film voudrait baigner dans une atmosphère de désinvolture avec Louis Garrel, plutôt mal à l’aise et vraiment mauvaise pioche dans le comique. Ensuite, le marivaudage tournerait au mélodrame. Mais le grand mélodrame c’est autre chose, et notamment un art des situations fortes : ici le désespoir reste poli et le potentiel dramatique et émotionnel des personnages n’est jamais affronté. Pourtant le film est pétri d’intentions : intention de légèreté dans la scène de flirt au bureau où Garrel et Clotilde Hesme semblent ne jamais travailler, intention de poésie dans ce travelling lourd de sens sur Ludivine Sagnier, intention de romantisme dans le point de vue de Chiara Mastroianni, intention de pudeur sans doute… Peut-être gagnera-t-il des galons avec le temps, lorsqu’on y verra un concentré de l’état mortifère d’un certain cinéma français d’auteur au moment de la prise du pouvoir par le Renard, qui apparaît sur une affiche comme un mauvais clin d’oeil.

07/06/2007

Ian Curtis under control (Impressions cannoises, 2)

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Biopic du leader de Joy Division mort à 23 ans, Control, qui a fait l'ouverture de la quinzaine, est un film sur la perte. Perte du sens et de la maîtrise de l'être, lent décrochage d'un corps en dérive. Si Last Days dépassait le biopic en réinventant Kurt Cobain par des morceaux inédits et des situations fictives, Corbijn qui a photographié Joy Division, reste plus littéral envers son héros et n'évite pas le cliché dans certaines scènes attendues, la déambulation dans les rues de Manchester d'adolescents au visage d'ange, la révélation au concert des Sex Pistols, le trac avant le premier passage télé, la fatigue d'un jeune groupe de rock en tournée, ni la tentation hagiographique statufiant Sam Riley en poète romantique foudroyé. Mais il a su au moins garder intacte l'opacité de Ian Curtis. Convaincant dans les scènes live très incarnées où éclate le talent d'auteur-compositeur de Curtis, Corbijn sculpte en creux son sujet en ouvrant le récit à l'entourage du chanteur. Les scènes les plus fortes rejaillissent souvent des personnages secondaires, le demandeur d'emploi à la Bourse du Travail où Curtis travaillait comme employé, la vieille dame dont il pille l'armoire pharmaceutique, la crise d'épilepsie communicative, le manager tchatcheur, le producteur qui signe avec son sang. Dans un noir et blanc lesterien, et surfant parfois sur le même registre sarcastique, Control a le charme nostalgique d'un Quatre Garçons dans le vent de la génération punk.


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Ian Curtis

14/03/2007

La plus belle c'est Deneuve

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c'est là...

31/12/2006

2007 à donf

Quelques images vues en 2006.... Bonne année !

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Akhenaton

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Le soleil

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Jacques Callot

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Volver

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Monogram

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Café Transit

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Bamako

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The Host

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Carmen Alix

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Rick & the Mechanics

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Wassup Rockers

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Black Hole

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Saddam Hussein et OSS 117

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Salle éthiopienne, quai Branly

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Bab Aziz
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Biscaino

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Les infiltrés

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Marie-Antoinette

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Marc Baron

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Jeanne Added


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06/10/2006

Histoires d'yeux

Conseils à un blogueur novice :
1)évite les annonces intempestives, tu t'exposes à la déception.
2)ne tarde pas trop pour écrire ton billet, de peur que ne t'échappe totalement l'envie de le faire.
3)n'accumule pas trop de notes préparatoires, au risque d'avoir travaillé en vain.

Bon, je le sors quand même du frigo, mon billet sur l'Etrange Festival, avant de passer à autre chose. Pour la version critique, voyez sur le site de Plume Noire... Enfin, quand le webmestre voudra bien finir la mise en ligne - quelque part ça me rassure de voir quelqu'un d'encore plus retardataire.

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Or donc, qu'allais-je chercher à l'Etrange Festival ? Le kitsch ne m'intéresse pas, et les spectateurs qui viennent pour ricaner d'un film - on en croise dans ce genre d'événement - me semblent entre tous méprisables. Mais j'ai toujours aimé le bizarre, les promesses initiatiques, les films fêlés, les films malades, ceux qui ont la forme des rêves et ceux qui flirtent avec la folie, qui suivent la voie du rêve et l'appel de l'inconnu. Je bazarde sans hésiter toutes les théories et tous les principes esthétiques ou moraux pour célébrer ces films qui m'ont marqué à jamais, comme Freaks, L'Atalante, L'Heure du loup, Caligari, Shock Corridor, La Momie (d'Abdelsalem), Haxan, Pi, Nosferatu, Le Collier perdu de la colombe, El Topo, Apocalypse Now, Solaris, Le Bunker de la dernière rafale, La Nuit du chasseur, Shining, Amarcord, La Jetée, Cannibal Holocaust, Signs and Wonders, Audition, Eraserhead, Belle de jour, L'Homme qui venait d'ailleurs, etc.
Bien sûr, la plupart de ces films-là sont trop célèbres pour être programmés à l'Etrange Festival. C'est toujours comme ça avec les chefs d'oeuvre, on finit par les appeler des classiques, comme pour les neutraliser.

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Ici donc, nous verrons des films étranges, mais rares. Tel est le cap. Et attention, on s'adresse à des connaisseurs. Les notices du programme fourmillent de références inaccessibles au commun des mortels, comme : "Un des fleurons de l'âge d'or du "Pinku violence eiga" avec une surprise en provenance du cinéma-bis européen : l'apparition de Christina Lindberg - la vedette dénudée de Les Impures de Torgny Wickman - aux côtés de la sabreuse Reiko Ike, déjà starifiée par la série norifumienne des Girl Boss." Personnellement, je n'ai vu qu'un seul de ces érotiques incunables, Le Couvent de la bête sacrée de Suzuki. C'est un nanar à l'esthétique giallo, dont la portée didactique (le catholicisme expliqué aux Japonais) s'estompe dans un bouquet de fantasmes : des nonnes lubriques se gougnotent dans les herbes hautes, s'empiffrent de saucisses et se flagellent avec des roses. Il y a aussi une scène de viol traitée sur le mode burlesque, les violeurs ayant eux-mêmes adopté le dress-code conventuel. Le méchant est une sorte de guru sadien, dont la quête du mal n'est que la recherche désespérée d'un Dieu absent, après le traumatisme de Nagasaki.

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Plus m'intéressait a priori la thématique autour de Salvador Dali. Il y a de belles archives dans Dali Cinéma : le père de Dali, honorable notaire mangeant des oursins - Avida Dollar peignant pour Hitchcock les colonies oculaires de Spellbound - les croquis d'Harpo Marx, dans la pupille de qui Dali vit "la même lueur que dans les yeux de Picasso" - Dali et la Dentellière de Vermeer : il copie le tableau au Louvre, s'aperçoit que l'aiguille est invisible mais trouve et dessine la forme d'une corne de rhinocéros, il va au zoo de Vincennes et finit le tableau devant un véritable rhinocéros. Ensuite il fait donner à l'animal un pot de peinture et des feuilles à dessin que le rhinocéros piétine et esquinte de ses sabots ongulés trempés dans la peinture, Dali co-signe le tableau, après quoi il court pourfendre, avec une lance, un immense poster du tableau de Vermeer, et revient saluer en Don Quichotte.

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A la séance de Babaouo (scénario écrit par Dali en 1932, réalisé 66 ans plus tard) nous n'étions dans la salle que 3 pelés et un hippie, dommage pour Manuel Cusso-Ferrer qui s'était déplacé d'Espagne pour présenter son film. Il faut dire qu'à la même heure, l'autre salle était archi-comble, certains spectateurs durent même s'asseoir par terre pour voir Le pensionnat des jeunes filles perverses.
"Je crois que la vie est plus surréaliste que le plus surréaliste des films", déclara Cusso-Ferrer en préambule, puis il énonça quelques avertissements :
1) "Babaouo est un film qui réclame une participation active des spectateurs" ;
2)"je pense que Un chien andalou est plus un film de Dali, et L'âge d'or plus un film de Bunuel" ;
3) "mon intention pour ce film était de trouver l'inconscient optique dalinien" - cette notion d'inconscient optique est empruntée à Wittgenstein, précisa-t-il, j'ai voulu vérifier sur le Net, elle était attribuée à Walter Benjamin, mais il faudrait vérifier dans le livre de Rosalind Krauss... Se souvenir que Dali était allé rendre visite à Freud, il le raconte dans sa dernière lettre à Breton, en 1939 : "«...il a remarqué (je lui montrais un tableau de moi), que dans la peinture des anciens on a tout de suite tendance à chercher l’inconscient, tandis que quand on regarde un tableau surréaliste on a tout de suite l’esprit porté à chercher le conscient. » - dans une version plus tardive Freud aurait dit : "Dans une peinture classique, je cherche le subconscient ; dans une peinture surréaliste, je ne trouve que du conscient."
4)"la critique qui oppose le cinéma-poésie au cinéma narratif est dans une impasse - avec Babaouo on est plutôt dans le cinéma poétique, contre le chaos du monde" - mais le narratif, c'est peut-être justement ce qui manque à Babaouo.
En complément de programme :Destino, 7 minutes de projection de Dali dans l'univers graphique de Disney, avec des décors de Cent Alantar.

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Dali apparaît aussi dans un plan du film de Frédéric Rossif Aussi loin que l'amour, dans une fête où joue Memphis Slim. Le film raconte une idylle au milieu des oiseaux, entre un jeune ornithologue, Duchaussoy, blond - et une coiffeuse, Francine Racette. Dans un bar (tenu par Rufus dans un numéro assez bourvilesque) , Barbara chante la Solitude. Les amants visitent une ruine cathare, font des rencontres insolites, Chabrol plantant des panneaux nihilistes, Suzanne Flon et ses perroquets - c'est très ancré dans la mode du temps (1970) : pop fiction, ralentis romantiques, utopie mystico-politique, etc. Documentaire en cela.

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"L'oeil est un appareil photographique mou", disait Dali. Rien à voir avec l'über-sexuel Scorpio Rising, film fétichiste et blasphématoire de Kenneth Anger construit sur le rythme d'un coït, tout en accélération.

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Vitesse sereine : "Elle est tellement emphatiquement unique et complète dans son exploration des divers ironies et des niveaux multiples de son langage figuré qu'elle laisse à un assommés. Au moment même où vous avez soldé le compte dans une interprétation visuelle d'un-cannelure de l'espace donné que vous regardez, Gehr transforme cet espace de telle manière que votre conscience d'elle devienne quelque chose entièrement différente." - (Bob Cowan, Prise Une, 1974) - "un 'couloir de choc 'littéral où Gehr crée un mouvement frontal renversant en décalant systématiquement des longueurs focales sur un objectif de bourdonnement statique pendant qu'il regarde fixement en bas du centre d'un vestibule vide et modernistique. Sans devoir jamais déplacer l'appareil-photo, Gehr transforme la géométrie fluorescente de son couloir institutionnel en sorte de mandala piston-actionné. Si Giotto avait fait des films d'action, ils auraient été ceux-ci. (J.Hoberman, Village Voice)".

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Serene Velocity et Wavelength : "Deux classiques minimalistes de la fin des années 60. On vantait alors leur originalité mais je me souviens surtout d'eux pour leur incomparable habileté à nous faire pénétrer dans une "zone de calme" dont très peu de films nous ouvrent les portes. Les films étranges le sont souvent par leurs excès ; il est difficile d'en trouver qui le soient par leur retenue." (Paul Schrader)

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Enfin, ma dernière séance était choisie et présentée par une sorte de diva, Diamanda Galàs : Les Yeux sans visage de Franju précédé de The Act of seeing with one's own eyes de Stan Brakhage. La force du film de Franju est de ne rien devoir à personne, dans une autre veine que l'américaine ou l'italienne - Un conte psychanalytique entre précision clinique et expressionnisme, sobriété et suggestion, adapté de Boileau-Narcejac. Sublime noir et blanc d'Eugen Schüfftan (à qui l'on doit l'image de Metropolis, Quai des Brumes, Drôle de drame, et le Napoléon de Gance). Aussi étrange avec que sans masque, Edith Scob est extraordinaire, troublante vierge qui finit par se révolter contre l'acharnement que son père chirurgien emploie par amour pour elle, pour tenter de la rendre normale.

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Le chaînon manquant entre le film de Brakhage et Les Yeux sans visage, c'est le documentaire sur les abattoirs réalisé par Franju, Le sang des bêtes. Franju disait qu'il aurait été détestable de le filmer en couleurs. The Act est en couleurs. La mort est pleine de nuances. Certains spectateurs n'ont pas supporté. « Stan Brakhage est entré avec sa caméra dans l'un des lieux interdits, terrifiants, de notre culture : la salle d'autopsie. C'est un endroit où la vie est vénérée, puisqu'il existe pour affirmer qu'aucun de nous ne doit mourir sans que l'on sache pourquoi. C'est le lieu d'intimités fascinantes, la dernière douve de l'individuation. » (Hollis Frampton)

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A Bonne Nouvelle, l'arrêt de bus de l'Etrange Festival, quelqu'un a déchiré l'affiche du film Jugez-moi coupable pour n'en laisser que le titre visible, et a écrit dessous : "Je suis SDF et sans humour".

15/09/2006

Un étrange festival

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(Patience...)

1) Edith Scob dans Les Yeux sans visage
2-3)Yumi Takigawa dans Le Couvent de la Bête sacrée
4)Babaouo de Manuel Cusso-Ferrer
5)Destino (Dali + Disney)
6)Scorpio Rising de Kenneth Anger
7)Wavelength de Michael Snow
8)Serene Velocity de Ernie Gehr
9)Pierre Brasseur et Alida Valli dans Les Yeux sans visage
10)The Act of seeing with one's own eyes de Stan Brakhage

27/05/2006

Cannes flash-back


Violence du pouvoir, violence du désir, violence de l'art.
Du pouvoir, comme de la gloire peut-être : son scintillement attire, on s’en approche et c’est sa brutalité qui éblouit.
Hiérarchisation extrême des festivaliers. Muni de votre badge qui se porte en sautoir comme une médaille, vous ne faites déjà plus partie du public ; vous avez fendu la foule des badauds, des midinettes de tous âges et des chasseurs d’autographes.
Pour les films de la compétition officielle, il y a six files d’attente différentes :

1) Groupes pédagogiques invitations individuelles sauf lettre Q
2) Badges Cannes cinéphiles individuels.
3) Presse pastille blanche/rose jury VIP marché (illisible) mauve
4) Conseil d’administration protocole pastille bleue production
5) Presse non-prioritaire bleue-jaune TV photo
6) Accréditations festival & marché.

- Au festival de Cannes, me dit Lionel, il y a 50% de professionnels du film (surtout réalisation et production), 20% d’exploitants et 30% de parasites.
Pour entrer dans les fêtes le jeu consiste à récupérer un carton d’invitation. Même le fantôme de Kurt Cobain, héros du film de Gus Van Sant, s’est vu refuser l’entrée par les vigiles : Michael Pitt connais pas. Héros du jour, loser du soir parfois. Saveur des applaudissements, avant/après la projection : le cinéaste repart auréolé grand monsieur ou sur la pointe des pieds, déçu par la mollesse des clap-clap-clap.
Il flotte à Cannes un enthousiasme enfantin, un précipité d’émotions, un spectaculaire peignage des egos. Erreur de ne voir dans les mondanités qu’un jeu superficiel : il se cherche et se trouve là des rencontres cruciales, se tisse une tapisserie de contacts professionnels, à la jonction des cercles relationnels…
Mais aussi, nombreux sont venus avec leurs rêves, quittant le temps d’un festival la morne vie intermittente de l’autre côté, alors qu’ici resplendissent luxe et luxure, sexe et succès, et leurs contraires : valse de l’envie. Les lunettes noires masquent du soleil et des larmes. Candidats naïfs à qui le succès pose un lapin, se gorgeant de champagne pour avaler les couleuvres, visages en mal de reconnaissance, qui diraient :
- Versez encore du sable pour me cacher tout entier et m’engloutir par-dessous la mer, oubliez jusqu’à mon nom et la moindre de mes paroles, je savais que cette lumière n’était pas pour moi, la clé de ma prison était un sourire sincère, je n’ai été filmé que par les caméras de vidéo-contrôle, jetez-moi sans même me regarder, puis coulez l’ensemble dans un grand cube de béton.

Alors, vous vous réfugiez dans une vaste salle obscure, et là, bercé par les bras consolateurs du cinéma, le film ne s’adresse qu’à vous.

(Juin 2005)

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